La vie d'Elisabeth Bibliographie
Prise de voile d'Elisabeth

21 janvier 1903

La prise de voile

La Chapelle du Carmel de Dijon connaît en ce matin du mercredi 21 janvier une affluence inhabituelle pour un simple jour de semaine. Ce n'est pas la fête de Ste Agnès, martyre, que l'on honore aujourd'hui dans l'église qui fait se déplacer toutes ces personnes, mais la prise de voile d'Élisabeth de la Trinité. 
Le 11 janvier dernier, Élisabeth a prononcé ses vœux religieux dans l'intimité de la Communauté, au Chapitre. Ce caractère privé de la Profession avait été voulu par Ste Thérèse d'Avila, redoutant que ses filles ne se laissent aller en un tel moment à des transports mystiques trop spectaculaires. La Madre ne pouvait cependant pas conférer un tel caractère intimiste à la cérémonie de la prise de voile. Celle-ci en effet est l'actualisation d'une consécration trouvant ses origines dans l'église ancienne. Or le rituel de cette consécration donne à voir la consécration de l'engagement d'une femme au service de l'église. De ce fait il a un un caractère essentiellement public puisqu'une telle consécration se réalise par la main de l'évêque.  

Aujourd'hui cependant ce n'est pas l'évêque qui présidera cette cérémonie : il est absent de Dijon.  
Installé sur le siège épiscopal de Dijon le 9 février 1899, Monseigneur Le Nordez fut vite soupçonné de vives sympathies républicaines en n'entrant pas avec suffisamment d'éclat dans la résistance aux mesures de la Troisième République hostiles aux Congrégations. De ce fait il s'attira l'hostilité du clergé et des catholiques de son diocèse.  
Le sentiment des carmélites de Dijon à l'égard de l'évêque rejoint celui des fidèles bourguignons. Comment éviter qu'il soit présent le jour de la prise de voile d'Élisabeth ? En retenant une date où il est absent de son diocèse. C'est donc le chanoine Boullemet, supérieur des carmélites qui consacrera la nouvelle professe.  

En ce matin du 21 janvier, la famille d'Élisabeth est là : sa Mère, madame Catez et sa sœur Guite, accompagnée de son mari, Georges Chevignard. Leurs nombreux amis sont également présents et puis une nombreuse assistance, le "tout Dijon" catholique qui continue à garder le souvenir des concerts de piano où brillait la " petite Catez "...
Tous sont rassemblés dans la nef de la Chapelle des carmélites. Celle-ci est magnifiquement fleurie. C'est un jour de fête. Sur l'autel, du côté du lieu où se fait la lecture, un voile noir est déposé. Sur la crédence sont prévus bénitier et aspersoir Le chœur des moniales, non visible par le public est lui aussi bien fleuri. Au milieu est étendu un tapis de grosse serge, entouré de fleurs et de verdure. Près de la grille sont disposé deux chandeliers. 
La Messe va bientôt commencer. Les sœurs, revêtues de leurs manteaux blancs et tenant en main des cierges allumés quittent l'avant chœur et entrent en procession à la Chapelle, en chantant le Veni creator :

VENI, Creator spíritus,
Mentes tuorum visita,
Imple supérna grátia,
Quae tu creásti péctora.
 
Qui díceris Paráclitus,
Altíssimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, cáritas,
Et spiritális únctio.
 
Tu septifórmis munere,
Dígitus patérnae déxterae,
Tu rite promíssum Patris,
Sermóne ditans guttura.

Accénde lumen sénsibus,
Infúnde amórem córdibus,
Infírma nostri córporis
Virtute firmans pérpeti.
Hostem repéllas lóngius,
Pacémque dones prótinus :
Ductóre sic te praevio
Vitémus omne nóxium.
 
Per te sciámus da Patrem,
Noscámus atque Fílium,
Teque utriusque Spíritum
Credamus honni témpore

Sit laus Patri cum Fílio,
Sancto simul Paráclitó,
Nobísque mittat Fílius
Charisma sancti Spiritus.
Amen.

Les sœurs sont maintenant arrivées à leurs places.

Après le dialogue d'usage à la fin de l'hymne entre le prêtre et l'assemblée, la Messe - chantée - se poursuit normalement.  Élisabeth, comme le veut le cérémonial la suit à genoux, près de la grille du Chœur grande ouverte, un cierge à la main. Georges Chevignard, le beau-frère d'Elisabeth, excellent musicien, accompagne sur son violoncelle les moments de méditation.  
A l'issue de l'Eucharistie, le prêtre monte en chaire. C'est le moment du sermon, où il s'attache à exposer le sens de l'évènement qui va se dérouler. Lorsqu'il a terminé de parler, Mère Germaine tire le rideau de la grille qui cachait jusque là les moniales.. celles-ci sont debout et tiennent leurs cierges.
C'est le moment de la bénédiction du voile. Revêtu de la chape, le chanoine Boullemet procède alors à la bénédiction du voile. Après avoir prononcé les oraisons, il s'approche de la grille. Il commence alors l'antienne : 
    - Veni, Sponsa Christi. 

et les chantres poursuivent : 

- Accipe coronam ; quam tibi Dominus praeparavit in aeternum.    

Etre épouse du Christ ! Ce n'est pas seulement l'expression du plus doux des rêves c'est une divine réalité ; l'expression de tout un mystère de similitude et d'union ; c'est le nom qu'au matin de notre consécration l'église prononce sur nous : Veni sponsa Christi.Note intime NI 13

Alors les sœurs entonnent le Psaume 19


Que l'Eternel t'exauce au jour de la détresse,
Que le nom du Dieu de Jacob te protège !
Que du sanctuaire il t'envoie du secours,
Que de Sion il te soutienne !
Qu'il se souvienne de toutes tes offrandes,
Et qu'il agrée tes holocaustes !
Qu'il te donne ce que ton cœur désire,
Et qu'il accomplisse tous tes desseins !
Nous nous réjouirons de ton salut,
Nous lèverons l'étendard au nom de notre Dieu ;
L'éternel exaucera tous tes vœux.
Je sais déjà que l'éternel sauve son oint ;
Il l'exaucera des cieux, de sa sainte demeure,
Par le secours puissant de sa droite.
Ceux-ci s'appuient sur leurs chars,
ceux-là sur leurs chevaux ;
Nous, nous invoquons le nom de l'Eternel,
notre Dieu.
Eux, ils plient, et ils tombent ;
Nous, nous tenons ferme, et restons debout.
Eternel, sauve le roi !
Qu'il nous exauce, quand nous l'invoquons !
Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit
Pour les siècles des siècles. Amen.
  

Après cela, Mère Germaine conduit Élisabeth au milieu du chœur. Celle-ci chante alors l'antienne :

Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum, et vivam : et non confundas me ab expectatione mea.

"Il m'a aimé, il s'est livré pour moi, il me semble que toute la doctrine de l'amour, celui qui est vrai et fort, est renfermée en ces quelques mots" L 252 à Germaine de Gemeaux    

Après ce chant, Mère Germaine la conduit à la petite grille du chœur et le chanoine Boullemet lui impose le voile noir...    
Reconduite près de la grande grille, Élisabeth s'agenouille et le prêtre prononce la prière de bénédiction, puis il la bénit. Alors, il entonne le Te Deum.    
Pendant que l'hymne est repris par les moniales et l'assemblée, Mère Germaine conduit Élisabeth au milieu du chœur et Élisabeth se prosterne sur le tapis, les bras en croix.

Te Deum laudamus : te Dominum confitémur.
Te aetérnum Patrem omnis terra veneratur.
Tibi omnes Angeli : * tibi coeli et univérsae potestates.
Tibi Cliérubim et Séraphim : * incessabili voce proclamant. Sanctus, Sanctus, Sanctus * Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt coeli et terra * majestatis gloriae tuae.
Te gloriosus * Apostolorum chorus.
Te Prophetarum * laudabilis numerus.
Te Martyrum candidatus * laudat exércitus.
Te per orbem terrarum,* sancta confitétur Ecclésia.
Patrem * imménsae majestatis.
Venerandum tuum verum * et unnicum Filium.
Sanctum quoque * Paraclitum Spiritum.
Tu Rex gloriae * Christe.
Tu Patris * sempitérnus es Filius.
Tu ad liberandum suscepturus hominem
* non horruisti Virginis uterum. 
Tu devicto mortis aculeo :
* aperuisti credéntibus regna coelorurn.
Tu ad déxteram Dei sedes : * in gloria Patris.
Judex créderis * esse venturus.
Te ergo quaesumus tuis famulis subverii :
* quos pretioso sanguine redemisti.
Ætérna fac cum sanctis tuis :
* in gloria numerari.
Salvum fac populum tuum Dômine :
* et bénedic hæreditati tuæ.
Et rege eos : * et extolle illos usque in aetérnum.
Per singulos dies : * benedicimus te.
Et laudamus nomentuum in saeculum : * et in sæculum saeculi. Dignare, Domine, die isto : * sine peccato nos custodire. Miserere nostri, Domine : * miserére nostri.
Fiat misericordia tua , Domine, super nos :
* quemadmodum speravimus in te.
In te Domine speravi, non confundar in ætérnum.
A toi, Dieu, notre louange !  nous t'acclamons : tu es Seigneur !  à toi, Père éternel,  l'hymne de l'univers.  
Devant toi se prosternent les archanges,
les anges et les esprits des cieux ; 
ils te rendent grâce ; 
ils adorent et ils chantent  
Saint, Saint, Saint, le Seigneur,  Dieu de l'univers ; 
le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
C'est toi que les Apôtres glorifient,
toi que proclament les prophètes,
toi dont témoignent les martyrs ;
c'est toi que par le monde entier
l'église annonce et reconnaît.
Dieu, nous t'adorons
Père infiniment saint,
Fils éternel et bien-aimé,
Esprit de puissance et de paix.
Christ, le Fils du Dieu vivant,
le Seigneur de la gloire,
tu n'as pas craint de prendre chair
dans le corps d'une vierge
pour libérer l'humanité captive.
Par ta victoire sur la mort,
tu as ouvert à tout croyant
les portes du Royaume ;
tu règnes à la droite du Père ;
tu viendras pour le jugement.
Montre-toi le défenseur
et l'ami des hommes sauvés par ton sang
prends-les avec tous les saints
dans ta joie et dans ta lumière. 

 A la fin de l'hymne, Mère Germaine jette de l'eau bénite sur Élisabeth et, l'ayant fait lever, elle la mène à l'autel.  Élisabeth le baise par trois fois, puis baise la main de sa Prieure.

La cérémonie est alors achevée. Les sœurs quittent donc le chœur en chantant le psaume 66 :

Que Dieu ait pitié de nous
et qu'il nous bénisse, 
Qu'il fasse luire sur nous sa face,
Afin que l'on connaisse sur la terre ta voie, 
Et parmi toutes les nations ton salut !
Les peuples te louent, ô Dieu ! 
Tous les peuples te louent.
Les nations se réjouissent
et sont dans l'allégresse ; 
Car tu juges les peuples avec droiture, 
Et tu conduis les nations sur la terre.
Les peuples te louent, ô Dieu ! 
Tous les peuples te louent.
La terre donne ses produits ; 
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Dieu, nous bénit, 
Et toutes les extrémités de la terre le craignent.
   

Pendant ce temps Mère Germaine emmène Élisabeth près de la grille du Chœur pour recevoir la bénédiction de sa Mère. Madame Catez a bien du mal à contenir son émotion. Mais la force de sa fille l'aide à se dominer.  
Tout au long de sa vie Élisabeth actualisera sa consécration. Comme l'écrit Mère Germaine :  

Nous retrouvons sans cesse, sous la plume de Sœur Elisabeth de la Trinité, le même désir, diversement exprimé, d'être unie au sacrifice de l'Agneau divin qui a séduit son âme virginale. Elle a soif de communier à son infinie pureté, d'en être revêtue ; soif aussi, et avec quelle ardeur, d'être identifiée à son état d'hostie, surtout depuis sa consécration religieuse, accomplie dans cet esprit d'immolation.
Contempler pour reproduire : cette tradition de son Ordre sera toujours le besoin de son âme établie dans la vérité.

Marie de la Trinité - sous-prieure - laisse entendre le sentiment qui habitait Élisabeth au soir de cette consécration :  

Le soir de sa prise de voile entrant dans sa cellule et voyant le Sacré Cœur parmi les lys plein de lumière elle fut recueille, saisie, comme au jour de sa prise d'habit et nous dûmes nous retirer la laissant perdue dans un recueillement profond dont on ne put l'arracher et qui nous saisit. Récit biographique de sœur Marie de Trinité








Monseigneur Le Nordez



Madame Catez

Guite

Georges Chevignard

Carmel de Dijon - la nef

flamme de feu

Elisabeth de la Trinité novice













































Elisabeth professe