En 1901, le carmel de Dijon fonde celui de Paray-le-Monial. Lorsque
la Prieure du Carmel de Dijon songe à l’emmener à cette fondation à
laquelle elle travaille, Elisabeth ne dit rien de sa préférence pour
celui de Dijon. Sa mère cependant souffre doublement : et de
l'entrée d'Elisabeth, et de cet éloignement. Sur le conseil d’une
amie elle s’en ouvre à Mère Marie de Jésus. Celle-ci accepte de
faire le sacrifice d’Elisabeth et lui écrit :
« Vous savez sans doute que votre mère et
Marguerite m'ont demandé de vous laisser à Dijon ; d'autre part, il
semble que ce soit aussi votre désir. En tout cela, je vois la
volonté du bon Dieu que nous devons aimer et faire sans
arrière-pensée. Donnez-vous à Notre-Seigneur où il vous veut ; je ne
vous aurais amenée ici que si Il l'avait voulu. Je vous reçois donc
pour Dijon, ma chère enfant; apportez-y tout ce que vous avez de
cœur et d'âme pour aimer Notre-Seigneur. Je voudrais bien être là
pour vous offrir à Lui, je ne le puis, étant retenue par des
affaires ; mais ma prière et mon cœur y seront pour vous bénir. »
Voyant la santé de sa fille s’altérer du fait d’une attente qui lui
a semblé interminable, elle propose à la Prieure d’avance la date
d’entrée d’Elisabeth. Et elle est fixée au 2 août 1901.
Cette perspective n’empêche pas
Élisabeth de continuer à vivre avec la vie courante. Devant assister
encore à une réunion et désirant comme toujours être bien habillée,
elle s’achète une nouvelle paire de gants. Elle continue à jouer du
piano…
Je te quitte pour aller au piano, je vais improviser un duo
entre Framboise et Sabeth , je te dirai s'il est réussi !...
Lettre 63 à Françoise de Sourdon).
Le 1er août – veille du premier vendredi du
mois – Élisabeth, à son habitude, passe en prière une partie de la
nuit, voulant accompagner le Bien-aimé dans la solitude de
Gethsémani.
Madame Catez ne peut dormir. Elle vient s’agenouiller
près du lit de sa fille. Leurs larmes se mêlent :
- Alors pourquoi
me quitter ? dit madame Catez
- Ah ! ma chère maman, puis-je
résister à la voix de Dieu qui m'appelle ? Il me tend les bras et me
dit qu'Il est méconnu, outragé, délaissé. Puis-je l'abandonner, moi
aussi?… il faut que je parte malgré mon chagrin de vous laisser, de
vous plonger dans la douleur; il faut que je réponde à son appel.
A 6 heures Élisabeth est levée. En hâte elle rédige encore quelques
billets.
Dans l’un d’entre eux – adressé au Chanoine Angles – elle
confie ses sentiments :
J'aime ma mère comme jamais je ne l'ai
aimée, et au moment de consommer le sacrifice qui va me séparer de
ces deux créatures chéries qu'Il m'a choisies si bonnes, si vous
saviez quelle paix inonde mon âme! Ce n'est déjà plus la terre, je
sens que je suis toute sienne, que je ne me garde rien, je me jette
en ses bras comme un petit enfant.(Lettre 81
du 2 août 1901 au chanoine Angles)
Puis il faut partir.
Avant de franchir le seuil de l’appartement, Élisabeth s'agenouille
devant le portrait de son père lui demandant une bénédiction.
Accompagnée alors de sa mère et de sa sœur, elle se rend à la
Messe de 8 heures au Carmel.
Quelques amies les rejoignent :
Marie-Louise Hallo – l’amie de toujours – et sa mère ; madame de
Sourdon et ses filles, Marie-Louise et Françoise (qu’Elisabeth
appelle affectueusement Framboise).
Après la Messe, elles
l’accompagnent – ainsi que le Père Vallée, venu pour cette occasion
- à la porte de clôture du Carmel. Elisabeth fait ses adieux.
Elle
regarde une dernière fois sa mère, alors que la porte se referme et
qu’elle est accueillie par Mère Germaine de Jésus, sous-prieure ;
qui la conduit au chœur – où le saint Sacrement est exposé - pour
rendre grâces.
Seule avec le Seul
Comme elle l’écrira la
semaine suivante à sa mère, Élisabeth est heureuse :
Oh! si tu savais combien je t'aime ; il me semble que je ne te remercierai jamais
assez de m'avoir laissée entrer dans ce cher Carmel où je suis si
heureuse. C'est un peu à toi aussi que je dois mon bonheur, car tu
sais bien que si tu n'avais pas dit «oui» ta petite Sabeth serait
restée près de toi.
( Lettre 85)
Oh! que le bon Dieu est bon ! Je ne
trouve pas d'expression pour dire mon bonheur, chaque jour je
l'apprécie davantage. Ici, il n'y a plus rien, plus que Lui, Il est
Tout, Il suffit et c'est de Lui seul qu'on vit. On le trouve
partout, à la lessive comme à l'oraison !
Lettre 89, du 30août 1901, à sa
sœur
Oui, je l'ai trouvé, Celui qu'aime mon âme, cet Unique
Nécessaire que nul ne peut me ravir. Oh! qu'Il est bon, qu'Il est
beau, je voudrais être toute silencieuse, tout adorante afin de
pénétrer toujours plus en Lui et d'en être si pleine que je puisse
le donner par la prière à ces pauvres âmes ignorantes du don de Dieu.
Lettre 131, du 2 août 1902, au
Chanoine Angles
Au mois d'août 1902, elle célèbre dans l'action de grâce le
premier anniversaire de son entrée au Carmel.
Comme le temps passe vite en Lui ! Il y a un an qu'Il m'a introduite en l'arche bénie, et
maintenant, comme dit mon bienheureux Père saint Jean de la Croix en son Cantique : « La tourterelle a trouvé, sur les rives verdoyantes,
son compagnon tant désiré. »
Lettre 131, du 2 août 1902, au
Chanoine Angles