« Une fête de lumière de d’adoration » Voilà comment Elisabeth de la Trinité qualifie la fête de l’Epiphanie en ce mois de décembre 1902 où elle annonce au Père Vallée et au Chanoine Angles, sa proche profession religieuse, le 11 janvier 1903.
Au mois de mai précédant elle parlait de la fête de la Trinité, dans une lettre à
Guite comme d’une « fête de silence et d’adoration ».
Silence et adoration, lumière et adoration le rapprochement des deux expressions souligne la profonde unité des deux fêtes. Ce qu’Elisabeth explicite : si la fête de la Trinité est la fête des Trois, l’Epiphanie est « ce jour qui est celui des Trois ».
L’adoration, ce mot du ciel, c’est l’extase de l’amour, un amour qui est enflammé par la contemplation du mystère tel qu’il se donne à entendre dans le silence de la Trinité ou à voir dans la lumière de l’Epiphanie.
Et que voit-on ?
Dans la poésie 86 écrite à Noël en cette année 1902, Elisabeth dit :
J'ai vu briller l'étoile lumineuse. La redondance apparente de ce premier vers est une invitation à entrer dans la profondeur.
La présence de l’étoile évoque le récit de l’adoration des mages tel que le donne Saint Matthieu dans son Evangile. Comme les mages Elisabeth voit une étoile… bien mystérieuse.
L’étoile est lumineuse. A première vue… rien en cela n’est surprenant… Comme le dit le récit de la création : les étoiles font parties des luminaires que Dieu créé pour présider au jour et à la nuit et séparer la lumière des ténèbres. Et pourtant… lorsqu’Elisabeth parle de la lumière elle fait généralement référence à Dieu (pas exclusivement, mais presque toujours). Le genre poétique nous incite donc à entendre aussi le symbole au-delà de la réalité matérielle et à pressentir déjà l’action de Dieu.
Qui m'indiquait le berceau de mon Roi...
Avec ce second vers se poursuit l’évocation du récit des mages, qui arrivent eux aussi devant le berceau d’un enfant en qui ils reconnaissent le roi des juifs et auquel ils apportent des présents conformes à son rang.
Pour Elisabeth, Jésus est le Roi qui règne en elle par l’amour de Dieu qu’Il lui révèle, par l’amour qu’Il lui donne, par l’amour qu’elle veut lui rendre. A quelques jours de sa profession religieuse, Il est l’Epoux qui vient, le Roi auquel elle aspire depuis bien longtemps déjà, à se donner tout entière.
Et dans la nuit calme et mystérieuse
Et l’étoile brille dans la nuit… la nuit du monde… et aussi la nuit que connaît Elisabeth en cette année 1902 où depuis sa prise d’habit, le 8 décembre 1901 les ténèbres ont succédé aux lumières de son postulat.
Elle semblait s'orienter vers moi.
Contrairement aux mages Elisabeth n’est pas invitée à aller vers un ailleurs très éloigné pour découvrir Celui qu’indique l’étoile. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le chemin est plus court…
Puis j'entendis, pleine de charme
La voix de l'Ange qui me dit...
Elle entend la voix de l’ange (messager qui, dans l’évangile de Luc, annonce aux bergers la naissance de Jésus)
... «Recueille-toi, c'est en ton âme
Que le mystère est accompli.
Jésus, Splendeur du Père,
En toi s'est incarné.
Avec la Vierge Mère
Etreins ton Bien-Aimé,
Il est à toi.»
Recueille-toi, Le recueillement, long chemin de silence en soi-même
pour venir à l’adoration de Celui qui vient faire là sa demeure car
comme le disait le livre du Deutéronome :
la parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton
cœur, pour que tu la mettes en pratique.
et Saint Paul dira à cette lumière :
Tout près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton coeur. Cette parole, c'est la parole de la foi que nous proclamons.
c'est en ton âme
Que le mystère est accompli.
Quel mystère ? Le mystère de l’Incarnation.
Jésus, Splendeur du Père,
En toi s'est incarné.
Voilà Jésus, Splendeur du Père, son Fils Bien-Aimé, celui qui vient pour être Dieu avec nous, et qui vient demeurer parmi nous, en nous. Car si Jésus est né dans le monde, il naît aussi spirituellement dans toute âme qui s’ouvre à son amour car il désire faire en nous sa demeure. Alors
Avec la Vierge Mère
Etreins ton Bien-Aimé,
Il est à toi.»
Avec Marie, Elisabeth étreint le Bien-Aimé. Dans ce contexte plusieurs images surgissent.
* Celle, bien sûr de l’enfant. Comme Marie, Elisabeth accueille, par la foi, le Verbe qui prend chair spirituellement en elle, dont elle devient… la mère, comme le donnera à entendre Jésus un jour : «
Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » Lc 8, 21.
* Celle aussi de l’Epoux. En prenant chair en notre humanité, Jésus renouvelle au plus intime de l’humanité l’alliance entre Dieu et elle instaurée dès la création du monde, et lui donne ainsi part à sa divinité – merveilleux échange d’amour chanté au long des âges.
Cette union se vit au plus intime de chaque âme appelée à s’entrer dans ce dessein d’amour de Dieu.
Et bien sûr, Elisabeth est habitée par la perspective de sa profession proche, moment où prendra une forme plus institutionnelle le lien profond qui l’unit au Christ.
Il est à toi.
Dieu s’est manifesté en toi, pour toi.
Alors que lui offrir se demande Elisabeth ?
Ta mission sur cette terre
C'est de ne plus savoir qu'aimer,
C'est pénétrer tout le mystère
Qu'Il est venu te révéler.
La réponse de l’ange détermine l’agir d’Elisabeth :
Me recueillant sous cette lumière
Je touchai Dieu par l'amour et la foi.
Puis, me faisant tout adorante,
J'écoutai mon Verbe adoré
Et j'entendis ce qui se chante
Au sein de la Divinité.
J'ai vu briller l'étoile lumineuse
Qui m'indiquait le berceau de mon Roi,
Et dans la nuit calme et mystérieuse
Elle semblait s'orienter vers moi.
Puis j'entendis, pleine de charmes
La voix de l'Ange qui me dit
«Recueille-toi, c'est en ton âme
Que le mystère est accompli.
Jésus, Splendeur du Père,
En toi s'est incarné.
Avec la Vierge Mère
Etreins ton Bien-Aimé,
Il est à toi.»
O Messager de ce Roi qui m'appelle,
N'est-il pas vrai qu'Il se nomme l'Epoux ?
Que Lui offrir à cette aube nouvelle ?
Il m'apparaît si puissant et si doux.
(L'Ange) : Ta mission sur cette terre
C'est de ne plus savoir qu'aimer,
C'est pénétrer tout le mystère
Qu'Il est venu te révéler.
Jésus, Splendeur du Père,
En toi s'est incarné.
Avec la Vierge Mère
Etreins ton [Bien-Aimé,
Il est à toi.]
Il est l'Epoux, et sa voix me convie
Son premier mot pour moi fut un « veni ».
L'astre brillant de son Epiphanie
A l'horizon se lève et resplendit.
O mon Seigneur, donne à mon âme
Donne-lui l'amour et la foi.
Esprit Saint, augmente ma flamme
Pour m'unir à mon divin Roi.
Jésus, Splendeur du Père
Jésus, regarde-moi,
C'est en toi que j'espère,
Et pour aller à toi
Prépare-moi.
Le séraphin avait quitté la terre
Mais le rayon brillait toujours en moi.
Me recueillant sous cette lumière
Je touchai Dieu par l'amour et la foi.
Puis, me faisant tout adorante,
J'écoutai mon Verbe adoré
Et j'entendis ce qui se chante
Au sein de la Divinité.
Jésus, Splendeur du Père,
Jésus, regarde-moi,
C'est en toi que j'espère,
Oh, pour aller à toi
Prépare-moi. J'ai vu briller l'étoile lumineuse
Noël 1902 [pour le 25 décembre 1902]