2.
A quel âge avez-vous pensé à devenir carmélite ?
Élisabeth
: J'avais sept ans lorsque j'ai compris que je serai
religieuse. Ma mère n'était pas du tout d'accord,
alors.
Je ne savais pas d'abord dans quel Ordre je voulais entrer. J'avais des
amies qui pensaient à la vie
religieuse. Comme je jouais du piano, elle me disaient que je devrais entrer
dans une Congrégation apostolique pour enseigner la musique.
Et puis finalement, vers l'âge de 14 ans j'ai compris que c'était au Carmel
que le Seigneur me voulait.
Une sœur aujourd'hui
: J’avais 20 ans quand j’y ai pensé pour la première
fois. Certaines dans la communauté y ont pensé dès l’âge de 8 ans,
d’autres beaucoup plus tard… Le chemin de chacune est tellement unique !
3. Comment avez-vous su que vous aviez la
vocation ?
Élisabeth
: J'allais avoir quatorze ans, quand un jour, pendant
mon action de grâces [temps de prière silencieuse après la
communion], je me sentis irrésistiblement
poussée à choisir Jésus pour unique époux, et sans délai, je me liai à Lui par
le vœu de virginité. Nous ne nous sommes rien dit, mais nous nous sommes donnés
l'un à l'autre en nous aimant si fort, que la résolution d'être toute à Lui
devint chez moi plus définitive encore. Une autre fois, après la sainte
communion, il me sembla que le mot Carmel
était prononcé dans mon
cœur.
Une sœur aujourd'hui
: Chacune a bien sûr une histoire différente… Pour
moi, j’ai grandi dans une famille chrétienne, mais comme lycéenne puis
étudiante, la plupart de mes amis n’étaient pas croyants. Les études que
je faisais (école de Commerce) me semblaient très loin des valeurs de
l’évangile. De plus en plus je sentais la nécessité d’approfondir ma
foi. Je cherchais le sens de la vie…
Un été, j’ai passé quelques jours dans un monastère de
bénédictins. J’ai prié avec force le Seigneur de m’éclairer, de me faire
comprendre ce que signifiait « Dieu est Amour »…
Et il a répondu à ma demande bien au-delà de ce que je pouvais
imaginer… il m’a fait comprendre qu’Il était Quelqu’un. Quelqu’un qui
m’aimait d’une manière incroyable ! Cela a été comme un feu en moi… Tout
a pris sens… Et dès lors, le désir de mieux comprendre cet amour et de
me donner à Lui ne m’a plus quittée.
4. Pourquoi avez-vous choisi le Carmel ?
Élisabeth
Pour vivre d'amour car voilà toute la vie du Carmel, vivre en Lui... l'âme à
travers tout voit Celui qu'elle aime et tout la porte à Lui : c'est un cœur à
cœur continuel !
Une sœur aujourd'hui
: Les écrits de sainte Thérèse d’Avila, de sainte Thérèse de Lisieux et
d’Élisabeth de Dijon me captivaient. Quand j’ai découvert qu’elles
étaient toutes les trois carmélites, cela a fait tilt en moi ! Et le
désir du Carmel a commencé de brûler mon cœur… Je voulais vivre comme
elles… Sans connaître encore aucun carmel, je me sentais de plus en plus
attirée par une vie toute consacrée à Dieu dans le silence, la prière,
l’amour.
5. Qu'est-ce que c'est que le
Carmel
Élisabeth
:
Notre ordre est bien ancien... illustré par tant
de saints et de martyrs...
Une sœur aujourd'hui
: C'est le nom d'une montagne en Israël, où des ermites (des gens qui
vivent dans la solitude) se sont rassemblés pour prier au XIIIème
siècle. Leur communauté est devenue un "Ordre". Ils avaient pris la
Vierge Marie pour patronne.
Au XVIème siècle, en Espagne, Sainte Thérèse d'Avila et Saint Jean de la Croix
ont donné un nouvel élan au Carmel.
Une autre grande figure du Carmel est sainte Thérèse de l'Enfant Jésus qui a
vécu à Lisieux - en France - au XIXème siècle. Et il y a aussi Thérèse Bénédicte
de Croix, que l'on connaît plus souvent sous le nom d'Edith Stein, morte à
Auschwitz en 1942 et qui est co-patronne de l'Europe
6. Pourquoi ce Carmel-ci plutôt qu’un autre ?
Élisabeth
: J'avais eu la joie de rencontrer la Mère Prieure du
Carmel de Dijon le jour de ma première communion. Habitant rue Prieur de la
Côte-d'Or, juste derrière le Monastère, je voyais le Carmel depuis le balcon de
ma chambre et cela faisait vibrer mon cœur. Lorsqu'il fut question pour
moi de participer à la fondation du Carmel de Paray-le-Monial, je ne dis rien
car je voulais faire la volonté du Seigneur. Mais finalement j'ai été heureuse
que la Mère Prieure décide de me laisser à Dijon.
Une sœur aujourd'hui
:
Pendant les deux années où j’ai travaillé en
entreprise (avant mon entrée au carmel), Élisabeth m’a accompagnée : ses
écrits étaient mon livre de chevet ! Et sans que je ne l’ai cherché,
elle m’a conduite jusqu’en son carmel, qui est pourtant à 700 km de ma
famille.
Ce qui m’a séduite ici,
c’est la beauté de la colline et son silence, la beauté de la chapelle qui
invite au recueillement, la beauté de la liturgie, l’accueil à la fois discret
et chaleureux des sœurs…
Il ne me restait plus
ensuite qu’à dire « oui » au Seigneur, à
« plonger »…
assurée de son Amour.
7. Pourquoi certaines sœurs ont-elles
des voiles blancs ?
Une sœur aujourd'hui
:
Les jeunes sœurs en formation portent des voiles blancs
jusqu’à leur engagement définitif (c’est-à-dire pendant 5 ou 6 ans). On
les appelle des novices. Elles apprennent à connaître la spiritualité du
Carmel, à connaître la Bible, à connaître la communauté et à se
connaître elle-même. Elles sont accompagnées par la « maîtresse des
novices » qui les aide à discerner leur vocation.
8. Si cela ne vous plaît plus, pouvez-vous
arrêter (partir) ?
Une sœur aujourd'hui
:
Les six premières années étant donc un temps de
discernement, il est non seulement possible mais normal de quitter le
carmel, si, en dialogue avec les sœurs responsables et la communauté, on
s’aperçoit qu’on ne pourra pas être heureuse dans cette vie. Ce peut
être le signe que le Seigneur nous demande autre chose.
Par contre au moment de la profession solennelle, on s’engage
librement et joyeusement pour toute la vie à suivre le Seigneur dans cette
communauté.
9. Est-ce que à l’âge de la retraite on n’est
plus carmélite ?
Élisabeth
: En entrant au Carmel, on est à Lui pour toujours...
Une carmélite c'est une âme qui a regardé le Crucifié, qui... a compris la
passion d'amour de son âme, et elle a voulu se donner comme Lui !...
Une sœur aujourd'hui
:
être carmélite, ce n'est pas un "métier", c'est une "vocation", une vie... C'est
le Seigneur qui nous appelle à vivre là et on veut toujours rester auprès de
Celui qu'on aime.
10. Est-ce que vous n'avez jamais regretté de
ne pas vous marier ?
Élisabeth
:
C'est vrai que le mariage est aussi une
vocation; que de saintes y ont glorifié Dieu, particulièrement ma chère
sainte Élisabeth. Mais
j'aimais beaucoup la
prière, et tellement le bon Dieu, que même avant ma première communion, je ne
comprenais pas qu'on pût donner son cœur à un autre ; et, dès lors, j'étais
résolue à n'aimer que Lui et à ne
vivre que pour Lui.
Une sœur aujourd'hui
: Je n'ai jamais regretté de ne pas me marier. Comme le
dit Élisabeth, aimer Dieu, c'est se donner entièrement à
Quelqu'un. C'est en Lui et avec Lui que l'on vit ses
joies et ses peines, là où Lui même se donne : dans la
vie fraternelle et le secret de l'oraison. Nous croyons
que notre vie donnée, notre amour offert au Christ
portera du fruit pour tous les hommes.
Sur
les rapports avec la famille, l’actualité
11. Allez-vous voir votre famille ?
Une sœur aujourd'hui
: Nous restons toujours, évidemment, en contact étroit avec notre famille, qui
vient nous voir. Normalement nous n'allons pas chez nos parents. Non parce que
nous voulons vivre repliées sur nous, bien entendu. Mais l'expérience
spirituelle que nous voulons vivre en répondant à l'appel du Seigneur au Carmel
se nourrit d'un certain retrait du monde pour qu'une plus grande ouverture soit
rendue possible, même si elle apparaît différente. Cependant si l'état de nos
parents - en particulier de santé ou de vieillesse - nécessite que nous leur
soyons présentes, nous nous rendons auprès d'eux, pour les entourer.
Élisabeth
La prière est le lien des âmes... envelopper les
siens de prière, c'est aussi se rendre proches d'eux et leur manifester notre
affection. Et puis on peut leur écrire, les recevoir au parloir et avoir à leur
égard cette délicatesse inventive qui met un baume sur la blessure de l'absence.
Une sœur aujourd'hui
: En fait, notre famille se rend compte de cette proximité autre qui naît dans
la distance et le silence de la prière. Et s'ils ont vécu, souvent très
douloureusement notre départ, ils sont heureux de pouvoir se tourner vers nous
pour partager leurs joies profondes ou trouver un réconfort.
12. Avez-vous le droit de sortir ?
Une sœur aujourd'hui
: Il ne s'agit pas de "droit", mais de libre choix. Comme je l'ai dit, pour
vivre la vie que nous avons choisie, nous sentons la nécessité et le bienfait
d'un certain retrait, d'une certaine rupture par rapport au monde. Alors bien
sûr nous allons chez le médecin quand il le faut, nous faisons les courses dont
la Communauté a besoin ou nous allons voter.. mais nous sortons toujours pour
une nécessité communautaire. Nous recherchons le recueillement, c'est-à-dire le
contraire de la dispersion, du zapping ! Afin de vivre en présence de Dieu, au
nom de tous.
Élisabeth
:
Le cœur a besoin de silence pour adorer
13. Regardez-vous la télévision, la radio ?
Une sœur aujourd'hui
: Nous ne regardons pas la télévision de manière régulière. Les images ont un
impact très grand et... font beaucoup de bruit...
Mais il nous arrive de regarder une vidéo, parfois, lorsque le sujet nous semble
intéressant. Par exemplaire un documentaire de qualité sur les moines de
Tibhirine ou l'ordination épiscopale de notre archevêque, Monseigneur Minnerath,
à la Cathédrale de Dijon. Nous faisons souvent cela dans un souci de communion
avec l'église, avec certains évènements du monde... Et c'est pourquoi nous
n'écoutons pas la radio, mais dans des évènements mondiaux particulièrement
importants, la Prieure - la responsable de la Communauté - écoute les
informations pour nous tenir au courant.
14. Comment êtes-vous informées sur la vie du
monde ?
Élisabeth
: A travers la Prieure ou les visites de maman, j'ai
appris les évènements douloureux qui touchaient la France. Et ces nouvelles me
faisaient redoubler de prière.
Une sœur aujourd'hui
: nous lisons les journaux, plus spécialement "La Croix" pour l'information
quotidienne ou quelquefois le journal local, des revues d'information et de
réflexion, des revues missionnaires, les correspondants des unes et des autres
aux quatre coins du monde. Cette lecture nous donne la possibilité de prendre du
recul par rapport aux évènements, de ne pas "zapper". Mais nous sommes aussi
informées par tout ce monde que nous portons en nous et qui, de l'intérieur,
nous fait rencontrer les questions et les souffrances de notre temps
Sur la vie quotidienne
15. Pouvez-vous nous dire comment se passent vos
journées ?
Élisabeth
Je pourrais vous répondre que pour la
carmélite il n'y a qu'une occupation : « aimer, prier ». Ce qu'elle fait à
travers toutes les activités de la journée.
Une sœur aujourd'hui
: Voici simplement
l'horaire de nos journées
16. Est-ce que votre vie n’est pas monotone ?
Élisabeth
: Avec Jésus on se met à tout, on
trouve tout charmant, et rien n'est difficile et ennuyeux. Oh! qu'il fait bon au
Carmel, c'est le meilleur pays du monde et je puis dire que je suis heureuse
comme le poisson dans l'eau.
17. Pourquoi votre habit est-il marron ?
Signifie-t-il quelque chose ?
Une sœur aujourd'hui
:
Autrefois, l'habit était en bure, c'est-à-dire dans un tissu pauvre et le brun
était la couleur naturelle. C'était alors un tissu pauvre et c'est pourquoi nous
le
portions. Maintenant la bure est un tissu cher. Donc nous n'en avons plus mais
notre habit reste brun : c'est la couleur de la terre, qui nous rappelle notre
communion avec tous les hommes.
Par contre nous portons un scapulaire (cette pièce d'étoffe
rectangulaire qui repose sur les épaules, d'où son nom). C'est le signe de la
protection de la Vierge Marie sur l'Ordre de Notre Dame du Mont Carmel.
Élisabeth
: Et puis il y a aussi le manteau que
nous portons pour des moments plus solennels : la Messe, par exemple. Il
rappelle le double esprit qu'Elie a laissé à Elisée lorsqu'il a été enlevé au
ciel. (vous devriez aller voir dans votre Bible au livre des Rois, chapitre 2,
versets 1 à 15) Et le Carmel se réclame dans sa Tradition, de l'esprit d'Elie.
Avec quelle joie j'ai chanté l'Alleluia, enveloppée du blanc manteau
[couleur de la Résurrection]
à la fête de Pâques qui a suivi ma prise d'habit.
18. Est-ce que c’est vrai que vous ne mangez
jamais des bonnes choses ?
Élisabeth
Nous mangeons toujours de bonnes
choses, car nos sœurs font très bien la cuisine. Nous voulons cependant que les
plats restent simples. Mais au moment des fêtes il nous arrive parfois d'avoir
des mets qui nous sortent de l'ordinaire, par exemple de la salade russe...
Une sœur aujourd'hui
:
Oui, nous mangeons toujours des choses saines et bien préparées. Mais nous
restons simples et sobres dans le choix de nos menus.
19. Est-ce que vous faites du sport ?
Élisabeth
: Elles ne sont plus, les longues
promenades d'autrefois dans ces belles montagnes des Pyrénées dont j'étais
folle. Mais... je suis heureuse de marcher maintenant en Jésus-Christ, selon la
parole de l'apôtre
Saint Paul.
Une sœur aujourd'hui
:
Oui, "nous marchons en Jésus-Christ", mais nous avons aussi de quoi nous
dépenser physiquement. Moi, je fais
cinq ou dix minutes de footing chaque matin avant de commencer le travail ! Et
davantage le dimanche ! Pour d’autres, ce sera du VTT… ou bien l’été, en
communauté, du badminton.
Mais c’est souvent le
travail lui-même qui est sportif ! surtout pour les plus jeunes qui
entretiennent le bois, et manient tronçonneuses, débroussailleuse, etc…
20. Est-ce que vous faites de la musique ?
Élisabeth
: Non je ne fais plus de
musique comme autrefois. Lorsque je suis suis entrée on m'a demandé :
« Quel grand sacrifice vous devez faire de renoncer à votre piano! » mais j'ai
répondu que « Le seul sacrifice est de laisser ma mère et ma sœur
».
Et je le pense toujours.
Maintenant
sur ma lyre de "louange de gloire", c'est toujours l'hymne du
silence : n'est-ce pas le plus beau des cantiques, celui qui se chante au sein
des Trois ?...
Une sœur aujourd'hui : Aujourd'hui on n'exige plus ce type de
sacrifice, mais tous les dons sont mis au service du Seigneur, tout est donné
pour Lui. Alors, comme notre communauté compte un certains nombre de sœurs
musiciennes (cithare, violon, orgue,
guitare, métallophone et même un alto), nous sommes heureuses de
jouer dans la liturgie, pour la louange de Dieu et pour la joie de nos sœurs, à
l'occasion de petites fêtes communautaires. Et tout le monde chante !
21. Est-ce que vous avez des animaux ?
Une sœur aujourd'hui
:Nous
n’avons pas d’animaux domestiques. Mais par contre nombreux sont sur notre
colline les oiseaux de toutes espèces et de toute beauté, sans compter les
chevreuils, les sangliers, les renards… !
Sur le travail
22. Que faites-vous comme travail ?
Élisabeth
: Des travaux très simples : de la
couture... dans ma cellule
je passe de bien bonnes heures: je m'installe
avec mon Crucifix
devant notre petite fenêtre, puis je tire l'aiguille avec ardeur tandis
que mon âme reste près de Lui. Et il
y a la lessive, la cuisine, le jardin. On doit aussi entretenir la maison, faire
le ménage ; tenir l'accueil... Et puis bien sûr le travail rémunéré : les pains
d'autel
Une sœur aujourd'hui
: ...
toujours les travaux d'entretien dans la maison et du bois - qui est grand - et,
bien sûr, le jardin, la cuisine.... Et nous avons développé les travaux
rémunérés... pour pouvoir vivre et payer les cotisations de sécurité sociale,
les assurances, le chauffage, etc...
Nous faisons des ornements liturgiques, du traitement de texte,
du décryptage de cassettes, de la reliure, du tricot mains et machine et aussi
les éditions de livres et images d'Élisabeth...
23. êtes-vous payées par l’évêché ? Par l’Etat ?
Élisabeth
: Nous sommes tout à fait autonomes...
Une sœur aujourd'hui
:
Nous vivons vraiment du produit de notre travail. et des
retraites de nos sœurs lorsqu'elles en bénéficient.
Vous vous doutez bien qu'en régime de séparation de l'église et de l'état, nous
ne sommes pas payées par l'état !
24.
Est-ce que vous avez le droit de prendre des
vacances ?
Élisabeth
: A certaines occasions
nous avons licence, c'est-à-dire que nous pouvons dans la journée
nous faire de petites visites les unes aux autres. Mais... la vie d'une
carmélite c'est le silence, aussi elle l'aime par-dessus tout !
Une sœur aujourd'hui
: Nous ne prenons pas de "vacances" à proprement parler. Mais en lien avec les
grandes fêtes liturgiques, il y a des jours de détente, une rupture du rythme
habituel, des occasions de rencontres plus informelles, de séances récréatives.
L'imagination ne chôme pas.
Sur
la prière et la foi
25. Le silence : est-ce que ce n’est pas trop
dur ?
Élisabeth
la vie d'une carmélite c'est le silence...
un silence pour écouter la parole... je me tais, je L'écoute...
Une sœur aujourd'hui
: Aujourd'hui pour beaucoup de gens le silence est un luxe, mais souvent on en a
peur... Pour nous c'est une nécessité pour écouter Dieu, rassembler ses forces
pour ne pas s'éparpiller. Comme Élisabeth on se met à l'écoute de la Parole de
Dieu... et on entre dans le silence... et c'est à ce moment là qu'on découvre
qu'on a beaucoup de bruits en soi qui empêchent d'arriver au silence paisible de
la prière... à la musique du silence...
26 A quel âge avez-vous cru en Dieu ?
Élisabeth
: Je suis née et j'ai grandi dans une
famille chrétienne et j'ai toujours cru en Dieu
Une sœur aujourd'hui
: J'ai toujours cru en Dieu moi aussi. Et je le dois sans doute aussi à mon
éducation familiale. Mais ayant vécu dans un contexte qui n'était pas toujours
chrétien, cela m'a amenée à réfléchir...
27. Avez -vous des doutes ?
Une
sœur aujourd'hui : Il n'est pas facile de répondre à une telle
question. Que faut-il entendre par doute ? Doute sur l'existence de Dieu ? Sur
son action dans le monde ? Je n'ai jamais douté de l'existence de Dieu - du Dieu
Trinité ; mais en même temps je ne peux pas le démontrer... La souffrance et le
mal dans le monde apparaissent souvent comme des raisons suffisantes pour douter
de Dieu et de son existence. Je me suis toujours, alors demandée de quel Dieu on
doutait ?...
Il est cependant des moments où des "réajustements" sont à faire. La relation à
Dieu, à Jésus qui conduit au Dieu Trinité, est une relation vivante, car Il est
vivant. Et comme dans toute relation, au fil de certains évènements, soudain
tout devient tout autre... et le "visage" de Dieu "change" aussi. C'est qu'Il se
révèle soudain autrement. Alors cela surprend...
28. C’est quoi la prière pour vous ?
Élisabeth
: C'est cette élévation de l'âme vers
Dieu à travers toutes choses qui nous établit avec la Sainte Trinité en une
sorte de communion continuelle, tout simplement en faisant tout sous son regard.
Une sœur aujourd'hui
: Thérèse d'Avila disait aussi que "la prière est un dialogue d'amitié où
nous nous entretenons souvent seul à seul avec Celui nous nous savons qu'Il nous
aime".
C'est être avec Lui là, vouloir Lui rester présente à travers toutes choses ;
et, revenir sous Son regard lorsqu'on s'en est laissé distraire... La prière
c'est vraiment très simple. Il ne faut pas "se prendre la tête" pour prier :
c'est Lui parler... surtout L'écouter pour ajuster notre volonté à la Sienne,
parce qu'on croit, qu'on sait que c'est là qu'est la Vie ; et surtout, être tout
simplement avec Lui... L'aimer et Le laisser nous aimer.
Oui, pour
moi la prière c'est ce temps du regard silencieux pour entrer
dans l'amour et en vivre
29. La prière : est-ce que « ça baigne
toujours » ?
Élisabeth
: On peut connaître des impuissances...
moi aussi j'ai besoin de chercher mon Maître qui se cache bien; mais alors je
réveille ma foi, et je suis plus contente de ne pas jouir de sa présence, pour
le faire jouir, Lui, de mon amour.
Une sœur aujourd'hui
: Il y a des moments plus ou moins lumineux. Mais si c'est important, ce n'est
pas l'essentiel. On peut sentir qu'on prie, bien sûr. Mais prier c'est comme
aimer... on aime parfois en voulant aimer. On prie donc parfois en voulant
prier... Le sentiment n'est pas exclu, bien sûr, mais on ne se repose pas sur
lui.