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A partir de questions actuelles : les réponses d'Elisabeth et de ses soeurs aujourd'hui

30 questions...  pour entrer au Carmel

 

Sur la vocation, son origine, sa durée (1-10)

Sur les rapports avec la famille, l’actualité ( 11-14)

Sur la vie quotidienne (15-21)

Sur le travail (22-24)

Sur la prière et la foi (25-30)

 

la vocation, son origine, sa durée

 

1. A quel âge peut-on entrer au Carmel ?

Élisabeth Je suis entrée à 21 ans. Pour ma Mère ce n'était pas facile de me laisser partir et elle m'a demandé d'attendre ma majorité. Mais on peut entrer plus tard...

 

Une sœur aujourd'hui Il n’y a pas d’âge précis, mais c’est bien d’avoir terminé ses études et même, si cela est possible, d’avoir travaillé un peu, pour avoir déjà une certaine maturité.  

J’avais 24 ans quand je suis entrée au Carmel. Mais on peut aussi entrer à 22 ans ou 40 ans…

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une journée au Carmel

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2. A quel âge avez-vous pensé à devenir carmélite ?

Élisabeth : J'avais sept ans lorsque j'ai compris que je serai religieuse. Ma mère n'était pas du tout d'accord, alors.  

Je ne savais pas d'abord dans quel Ordre je voulais entrer. J'avais des amies qui pensaient à la vie religieuse. Comme je jouais du piano, elle me disaient que je devrais entrer dans une Congrégation apostolique pour enseigner la musique.

Et puis finalement, vers l'âge de 14 ans j'ai compris que c'était au Carmel que le Seigneur me voulait.

 

Une sœur aujourd'hui J’avais 20 ans quand j’y ai pensé pour la première fois. Certaines dans la communauté y ont pensé dès l’âge de 8 ans, d’autres beaucoup plus tard… Le chemin de chacune est tellement unique !  

 

 

3. Comment avez-vous su que vous aviez la vocation ?

Élisabeth : J'allais avoir quatorze ans, quand un jour, pendant mon action de grâces [temps de prière silencieuse après la communion], je me sentis irrésistiblement poussée à choisir Jésus pour unique époux, et sans délai, je me liai à Lui par le vœu de virginité. Nous ne nous sommes rien dit, mais nous nous sommes donnés l'un à l'autre en nous aimant si fort, que la résolution d'être toute à Lui devint chez moi plus définitive encore. Une autre fois, après la sainte communion, il me sembla que le mot Carmel était prononcé dans mon cœur.

 

Une sœur aujourd'hui Chacune a bien sûr une histoire différente… Pour moi, j’ai grandi dans une famille chrétienne, mais comme lycéenne puis étudiante, la plupart de mes amis n’étaient pas croyants. Les études que je faisais (école de Commerce) me semblaient très loin des valeurs de l’évangile. De plus en plus je sentais la nécessité d’approfondir ma foi. Je cherchais le sens de la vie…

Un été, j’ai passé quelques jours dans un monastère de bénédictins. J’ai prié avec force le Seigneur de m’éclairer, de me faire comprendre ce que signifiait « Dieu est Amour »… Et il a répondu à ma demande bien au-delà de ce que je pouvais imaginer… il m’a fait comprendre qu’Il était Quelqu’un. Quelqu’un qui m’aimait d’une manière incroyable ! Cela a été comme un feu en moi… Tout a pris sens… Et dès lors, le désir de mieux comprendre cet amour et de me donner à Lui ne m’a plus quittée.

 

 

4. Pourquoi avez-vous choisi le Carmel ?

Élisabeth Pour vivre d'amour car voilà toute la vie du Carmel, vivre en Lui... l'âme à travers tout voit Celui qu'elle aime et tout la porte à Lui : c'est un cœur à cœur continuel !

Une sœur aujourd'hui : Les écrits de sainte Thérèse d’Avila, de sainte Thérèse de Lisieux et d’Élisabeth de Dijon me captivaient. Quand j’ai découvert qu’elles étaient toutes les trois carmélites, cela a fait tilt en moi ! Et le désir du Carmel a commencé de brûler mon cœur… Je voulais vivre comme elles… Sans connaître encore aucun carmel, je me sentais de plus en plus attirée par une vie toute consacrée à Dieu dans le silence, la prière, l’amour.

 

 

5. Qu'est-ce que c'est que le Carmel

Élisabeth : Notre ordre est bien ancien... illustré par tant de saints et de martyrs...

Une sœur aujourd'hui : C'est le nom d'une montagne en Israël, où des ermites (des gens qui vivent dans la solitude) se sont rassemblés pour prier au XIIIème siècle. Leur communauté est devenue un "Ordre". Ils avaient pris la Vierge Marie pour patronne.

Au XVIème siècle, en Espagne, Sainte Thérèse d'Avila et Saint Jean de la Croix ont donné un nouvel élan au Carmel.

Une autre grande figure du Carmel est sainte Thérèse de l'Enfant Jésus qui a vécu à Lisieux - en France - au XIXème siècle. Et il y a aussi Thérèse Bénédicte de Croix, que l'on connaît plus souvent sous le nom d'Edith Stein, morte à Auschwitz en 1942 et qui est co-patronne de l'Europe

 

 

6. Pourquoi ce Carmel-ci plutôt qu’un autre ?

Élisabeth : J'avais eu la joie de rencontrer la Mère Prieure du Carmel de Dijon le jour de ma première communion. Habitant rue Prieur de la Côte-d'Or, juste derrière le Monastère, je voyais le Carmel depuis le balcon de ma chambre et cela faisait vibrer mon cœur. Lorsqu'il fut question pour moi de participer à la fondation du Carmel de Paray-le-Monial, je ne dis rien car je voulais faire la volonté du Seigneur. Mais finalement j'ai été heureuse que la Mère Prieure décide de me laisser à Dijon.

 

Une sœur aujourd'hui : Pendant les deux années où j’ai travaillé en entreprise (avant mon entrée au carmel), Élisabeth m’a accompagnée : ses écrits étaient mon livre de chevet ! Et sans que je ne l’ai cherché, elle m’a conduite jusqu’en son carmel, qui est pourtant à 700 km de ma famille. 

Ce qui m’a séduite ici, c’est la beauté de la colline et son silence, la beauté de la chapelle qui invite au recueillement, la beauté de la liturgie, l’accueil à la fois discret et chaleureux des sœurs…

Il ne me restait plus ensuite qu’à dire « oui » au Seigneur, à « plonger »…

assurée de son Amour. 

 

 

7. Pourquoi certaines sœurs ont-elles des voiles blancs ?

Une sœur aujourd'hui : Les jeunes sœurs en formation portent des voiles blancs jusqu’à leur engagement définitif (c’est-à-dire pendant 5 ou 6 ans). On les appelle des novices. Elles apprennent à connaître la spiritualité du Carmel, à connaître la Bible, à connaître la communauté et à se connaître elle-même. Elles sont accompagnées par la « maîtresse des novices » qui les aide à discerner leur vocation.

 

 

8. Si cela ne vous plaît plus, pouvez-vous arrêter (partir) ?

Une sœur aujourd'hui : Les six premières années étant donc un temps de discernement, il est non seulement possible mais normal de quitter le carmel, si, en dialogue avec les sœurs responsables et la communauté, on s’aperçoit qu’on ne pourra pas être heureuse dans cette vie. Ce peut être le signe que le Seigneur nous demande autre chose.

Par contre au moment de la profession solennelle, on s’engage librement et joyeusement pour toute la vie à suivre le Seigneur dans cette communauté.

 

 

9. Est-ce que à l’âge de la retraite on n’est plus carmélite ?

Élisabeth : En entrant au Carmel, on est à Lui pour toujours... Une carmélite c'est une âme qui a regardé le Crucifié, qui... a compris la passion d'amour de son âme, et elle a voulu se donner comme Lui !...

Une sœur aujourd'hui : être carmélite, ce n'est pas un "métier", c'est une "vocation", une vie... C'est le Seigneur qui nous appelle à vivre là et on veut toujours rester auprès de Celui qu'on aime.

 

 

10. Est-ce que vous n'avez jamais regretté de ne pas vous marier ?

Élisabeth : C'est vrai que le mariage est aussi une vocation; que de saintes  y ont glorifié Dieu, particulièrement ma chère sainte Élisabeth. Mais j'aimais beaucoup la prière, et tellement le bon Dieu, que même avant ma première communion, je ne comprenais pas qu'on pût donner son cœur à un autre ; et, dès lors, j'étais résolue à n'aimer que Lui et à ne vivre que pour Lui.

 

Une sœur aujourd'hui : Je n'ai jamais regretté de ne pas me marier. Comme le dit Élisabeth, aimer Dieu, c'est se donner entièrement à Quelqu'un. C'est en Lui et avec Lui que l'on vit ses joies et ses peines, là où Lui même se donne : dans la vie fraternelle et le secret de l'oraison. Nous croyons que notre vie donnée, notre amour offert au Christ portera du fruit pour tous les hommes.

 

Sur les rapports avec la famille, l’actualité

 

11. Allez-vous voir votre famille ?

Une sœur aujourd'hui : Nous restons toujours, évidemment, en contact étroit avec notre famille, qui vient nous voir. Normalement nous n'allons pas chez nos parents. Non parce que nous voulons vivre repliées sur nous, bien entendu. Mais l'expérience spirituelle que nous voulons vivre en répondant à l'appel du Seigneur au Carmel se nourrit d'un certain retrait du monde pour qu'une plus grande ouverture soit rendue possible, même si elle apparaît différente. Cependant si l'état de nos parents - en particulier de santé ou de vieillesse - nécessite que nous leur soyons présentes, nous nous rendons auprès d'eux, pour les entourer.

 

Élisabeth La prière est le lien des âmes... envelopper les siens de prière, c'est aussi se rendre proches d'eux et leur manifester notre affection. Et puis on peut leur écrire, les recevoir au parloir et avoir à leur égard cette délicatesse inventive qui met un baume sur la blessure de l'absence.

 

Une sœur aujourd'hui : En fait, notre famille se rend compte de cette proximité autre qui naît dans la distance et le silence de la prière. Et s'ils ont vécu, souvent  très douloureusement notre départ, ils sont heureux de pouvoir se tourner vers nous pour partager leurs joies profondes ou trouver un réconfort.

 

12. Avez-vous le droit de sortir ? 

Une sœur aujourd'hui : Il ne s'agit pas de "droit", mais de libre choix. Comme je l'ai dit, pour vivre la vie que nous avons choisie, nous sentons la nécessité et le bienfait d'un certain retrait, d'une certaine rupture par rapport au monde. Alors bien sûr nous allons chez le médecin quand il le faut, nous faisons les courses dont la Communauté a besoin ou nous allons voter.. mais nous sortons toujours pour une nécessité communautaire. Nous recherchons le recueillement, c'est-à-dire le contraire de la dispersion, du zapping ! Afin de vivre en présence de Dieu, au nom de tous.

 

Élisabeth : Le cœur a besoin de silence pour adorer

 

13. Regardez-vous la télévision, la radio ?

Une sœur aujourd'hui : Nous ne regardons pas la télévision de manière régulière. Les images ont un impact très grand et... font beaucoup de bruit...

Mais il nous arrive de regarder une vidéo, parfois, lorsque le sujet nous semble intéressant. Par exemplaire un documentaire de qualité sur les moines de Tibhirine ou l'ordination épiscopale de notre archevêque, Monseigneur Minnerath, à la Cathédrale de Dijon. Nous faisons souvent cela dans un souci de communion avec l'église, avec certains évènements du monde... Et c'est pourquoi nous n'écoutons pas la radio, mais dans des évènements mondiaux particulièrement importants, la Prieure - la responsable de la Communauté -  écoute les informations pour nous tenir au courant.

 

14. Comment êtes-vous informées sur la vie du monde ?

Élisabeth : A travers la Prieure ou les visites de maman, j'ai appris les évènements douloureux qui touchaient la France. Et ces nouvelles me faisaient redoubler de prière.

Une sœur aujourd'hui : nous lisons les journaux, plus spécialement "La Croix" pour l'information quotidienne ou quelquefois le journal local, des revues d'information et de réflexion, des revues missionnaires, les correspondants des unes et des autres aux quatre coins du monde. Cette lecture nous donne la possibilité de prendre du recul par rapport aux évènements, de ne pas "zapper". Mais nous sommes aussi informées par tout ce monde que nous portons en nous et qui, de l'intérieur, nous fait rencontrer les questions et les souffrances de notre temps

 

Sur la vie quotidienne

 

15. Pouvez-vous nous dire comment se passent vos journées ?

Élisabeth  Je pourrais vous répondre que pour la carmélite il n'y a qu'une occupation : « aimer, prier ». Ce qu'elle fait à travers toutes les activités de la journée.

 

Une sœur aujourd'hui : Voici simplement l'horaire de nos journées

 

 

16. Est-ce que votre vie n’est pas monotone ?

Élisabeth  : Avec Jésus on se met à tout, on trouve tout charmant, et rien n'est difficile et ennuyeux. Oh! qu'il fait bon au Carmel, c'est le meilleur pays du monde et je puis dire que je suis heureuse comme le poisson dans l'eau.

 

17. Pourquoi votre habit est-il marron ? Signifie-t-il quelque chose ?

Une sœur aujourd'hui : Autrefois, l'habit était en bure, c'est-à-dire dans un tissu pauvre et le brun était la couleur naturelle. C'était alors un tissu pauvre et c'est pourquoi nous le portions. Maintenant la bure est un tissu cher. Donc nous n'en avons plus mais notre habit reste brun : c'est la couleur de la terre, qui nous rappelle notre communion avec tous les hommes.

Par contre nous portons un scapulaire (cette pièce d'étoffe rectangulaire qui repose sur les épaules, d'où son nom). C'est le signe de la protection de la Vierge Marie sur l'Ordre de Notre Dame du Mont Carmel.

 

Élisabeth  : Et puis il y a aussi le manteau que nous portons pour des moments plus solennels : la Messe, par exemple. Il rappelle le double esprit qu'Elie a laissé à Elisée lorsqu'il a été enlevé au ciel. (vous devriez aller voir dans votre Bible au livre des Rois, chapitre 2, versets 1 à 15) Et le Carmel se réclame dans sa Tradition, de l'esprit d'Elie. Avec quelle joie j'ai chanté l'Alleluia, enveloppée du blanc manteau [couleur de la Résurrection] à la fête de Pâques qui a suivi ma prise d'habit.

 

18. Est-ce que c’est vrai que vous ne mangez jamais des bonnes choses ?

Élisabeth  Nous mangeons toujours de bonnes choses, car nos sœurs font très bien la cuisine. Nous voulons cependant que les plats restent simples. Mais au moment des fêtes il nous arrive parfois d'avoir des mets qui nous sortent de l'ordinaire, par exemple de la salade russe...

Une sœur aujourd'hui : Oui, nous mangeons toujours des choses saines et bien préparées. Mais nous restons simples et sobres dans le choix de nos menus.

 

19. Est-ce que vous faites du sport ?

Élisabeth  : Elles ne sont plus, les longues promenades d'autrefois dans ces belles montagnes des Pyrénées dont j'étais folle. Mais... je suis heureuse de marcher maintenant en Jésus-Christ, selon la parole de l'apôtre Saint Paul.

 

Une sœur aujourd'hui : Oui, "nous marchons en Jésus-Christ", mais nous avons aussi de quoi nous dépenser physiquement. Moi, je fais cinq ou dix minutes de footing chaque matin avant de commencer le travail ! Et davantage le dimanche ! Pour d’autres, ce sera du VTT… ou bien l’été, en communauté, du badminton.

Mais c’est souvent le travail lui-même qui est sportif ! surtout pour les plus jeunes qui entretiennent le bois, et manient tronçonneuses, débroussailleuse, etc…  

 

20. Est-ce que vous faites de la musique ?

Élisabeth  : Non je ne fais plus de musique comme autrefois. Lorsque je suis suis entrée on m'a demandé : « Quel grand sacrifice vous devez faire de renoncer à votre piano! » mais j'ai répondu que  « Le seul sacrifice est de laisser ma mère et ma sœur ». Et je le pense toujours. Maintenant sur ma lyre de "louange de gloire", c'est toujours l'hymne du silence : n'est-ce pas le plus beau des cantiques, celui qui se chante au sein des Trois ?...

 

Une sœur aujourd'hui : Aujourd'hui on n'exige plus ce type de sacrifice, mais tous les dons sont mis au service du Seigneur, tout est donné pour Lui. Alors, comme notre communauté compte un certains nombre de sœurs musiciennes (cithare, violon, orgue, guitare, métallophone et même un alto), nous sommes heureuses de jouer dans la liturgie, pour la louange de Dieu et pour la joie de nos sœurs, à l'occasion de petites fêtes communautaires. Et tout le monde chante !

 

21. Est-ce que vous avez des animaux ?

Une sœur aujourd'hui :Nous n’avons pas d’animaux domestiques. Mais par contre nombreux sont sur notre colline les oiseaux de toutes espèces et de toute beauté, sans compter les chevreuils, les sangliers, les renards… !

 

Sur le travail 

 

22. Que faites-vous comme travail ?

Élisabeth  : Des travaux très simples : de la couture... dans ma cellule je passe de bien bonnes heures: je m'installe avec mon Crucifix  devant notre petite fenêtre, puis je tire l'aiguille avec ardeur tandis que mon âme reste près de Lui. Et il y a la lessive, la cuisine, le jardin. On doit aussi entretenir la maison, faire le ménage ; tenir l'accueil... Et puis bien sûr le travail rémunéré : les pains d'autel

 

Une sœur aujourd'hui ... toujours les travaux d'entretien dans la maison et du bois - qui est grand - et, bien sûr, le jardin, la cuisine.... Et nous avons développé les travaux rémunérés... pour pouvoir vivre et payer les cotisations de sécurité sociale, les assurances, le chauffage, etc... 

Nous faisons des ornements liturgiques, du traitement de texte, du décryptage de cassettes, de la reliure, du tricot mains et machine et aussi les éditions de livres et images d'Élisabeth... 

 

23. êtes-vous payées par l’évêché ? Par l’Etat ?

Élisabeth  : Nous sommes tout à fait autonomes...

Une sœur aujourd'hui Nous vivons vraiment du produit de notre travail. et des retraites de nos sœurs  lorsqu'elles en bénéficient. 

Vous vous doutez bien qu'en régime de séparation de l'église et de l'état, nous ne sommes pas payées par l'état !

 

24. Est-ce que vous avez le droit de prendre des vacances ?

Élisabeth : A certaines occasions nous avons licence, c'est-à-dire que nous pouvons dans la journée nous faire de petites visites les unes aux autres. Mais... la vie d'une carmélite c'est le silence, aussi elle l'aime par-dessus tout !

Une sœur aujourd'hui : Nous ne prenons pas de "vacances" à proprement parler. Mais en lien avec les grandes fêtes liturgiques, il y a des jours de détente, une rupture du rythme habituel, des occasions de rencontres plus informelles, de séances récréatives. L'imagination ne chôme pas.

 

Sur la prière et la foi

 

25. Le silence : est-ce que ce n’est pas trop dur ?

Élisabeth  la vie d'une carmélite c'est le silence... un silence pour écouter la parole... je me tais, je L'écoute...

Une sœur aujourd'hui : Aujourd'hui pour beaucoup de gens le silence est un luxe, mais souvent on en a peur... Pour nous c'est une nécessité pour écouter Dieu, rassembler ses forces pour ne pas s'éparpiller. Comme Élisabeth on se met à l'écoute de la Parole de Dieu... et on entre dans le silence... et c'est à ce moment là qu'on découvre qu'on a beaucoup de bruits en soi qui empêchent d'arriver au silence paisible de la prière... à la musique du silence...

 

26 A quel âge avez-vous cru en Dieu ?

Élisabeth  : Je suis née et j'ai grandi dans une famille chrétienne et j'ai toujours cru en Dieu

Une sœur aujourd'hui : J'ai toujours cru en Dieu moi aussi. Et je le dois sans doute aussi à mon éducation familiale. Mais ayant vécu dans un contexte qui n'était pas toujours chrétien, cela m'a amenée à réfléchir... 

 

27. Avez -vous des doutes ?

 Une sœur aujourd'hui : Il n'est pas facile de répondre à une telle question. Que faut-il entendre par doute ? Doute sur l'existence de Dieu ? Sur son action dans le monde ? Je n'ai jamais douté de l'existence de Dieu - du Dieu Trinité ; mais en même temps je ne peux pas le démontrer... La souffrance et le mal dans le monde apparaissent souvent comme des raisons suffisantes pour douter de Dieu et de son existence. Je me suis toujours, alors demandée de quel Dieu on doutait ?...

Il est cependant des moments où des "réajustements" sont à faire. La relation à Dieu, à Jésus qui conduit au Dieu Trinité, est une relation vivante, car Il est vivant. Et comme dans toute relation, au fil de certains évènements, soudain tout devient tout autre... et le "visage" de Dieu "change" aussi. C'est qu'Il se révèle soudain autrement. Alors cela surprend...

28. C’est quoi la prière pour vous ?

Élisabeth  : C'est cette élévation de l'âme vers Dieu à travers toutes choses qui nous établit avec la Sainte Trinité en une sorte de communion continuelle, tout simplement en faisant tout sous son regard.

Une sœur aujourd'hui :  Thérèse d'Avila disait aussi que "la prière est un dialogue d'amitié où nous nous entretenons souvent seul à seul avec Celui nous nous savons qu'Il nous aime". 

C'est être avec Lui là, vouloir Lui rester présente à travers toutes choses ; et, revenir sous Son regard lorsqu'on s'en est laissé distraire... La prière c'est vraiment très simple. Il ne faut pas "se prendre la tête" pour prier : c'est Lui parler... surtout L'écouter pour ajuster notre volonté à la Sienne, parce qu'on croit, qu'on sait que c'est là qu'est la Vie ; et surtout, être tout simplement avec Lui... L'aimer et Le laisser nous aimer. 

Oui, pour moi la prière c'est ce temps du regard silencieux pour entrer dans l'amour et en vivre

 

29. La prière : est-ce que « ça baigne toujours » ?

Élisabeth  : On peut connaître des impuissances... moi aussi j'ai besoin de chercher mon Maître qui se cache bien; mais alors je réveille ma foi, et je suis plus contente de ne pas jouir de sa présence, pour le faire jouir, Lui, de mon amour.

Une sœur aujourd'hui : Il y a des moments plus ou moins lumineux. Mais si c'est important, ce n'est pas l'essentiel. On peut sentir qu'on prie, bien sûr. Mais prier c'est comme aimer... on aime parfois en voulant aimer. On prie donc parfois en voulant prier... Le sentiment n'est pas exclu, bien sûr, mais on ne se repose pas sur lui.

 

30. Comment est-ce que vous priez ? 

Élisabeth  : Partout car tout est délicieux au Carmel, on trouve le bon Dieu à la lessive comme à l'oraison. Il n'y a que Lui partout. On le vit, on le respire.

Une sœur aujourd'hui : Notre vie aménage aussi des temps de prière : les offices à la Chapelle, en particulier la Messe, qui est au centre de tout, où le Christ se donne à nous et où nous nous offrons avec Lui. Puis les Heures de louange, qui rythment toute la journée, et les deux heures d'oraison, une le matin et une le soir. Ce temps d'"oraison" est un temps de prière silencieuse (mais nous sommes toutes à la Chapelle). J'aime revenir alors à une Parole de l'écriture, souvent  l'évangile du jour. Je regarde Jésus, je l'écoute. Certaines phrases me frappent parce qu'elles me donnent de la lumière ou qu'elles me semblent très obscures. Alors je médite et puis... j'écoute encore... Dieu parle dans le silence... en nous faisant désirer ce qu'Il veut nous donner.

 

Quelle parole pourriez-vous nous dire pour aujourd’hui ?

Une sœur aujourd'hui (citant Elisabeth) : Chante toujours merci !

Élisabeth  : Crois toujours à l'Amour !