Le 17 janvier 1865 – fête de Saint Antoine - les sœurs peuvent prendre possession de leur maison de la rue Saint Lazare. La maison – ancienne – n’offrait guère des conditions idéales pour maintenir les sœurs en bonne santé. Un bienfaiteur strasbourgeois eu alors le désir de leur faire construire un monastère plus salubre sur l’emplacement d’un des jardins de la propriété. Aussitôt pensé, aussitôt fait… ou presque…. Grâce à la générosité de quelques donateurs la construction du nouveau bâtiment pu commencer dès le 25 juillet 1868. Au mois de novembre 1869 il était achevé. Et Monseigneur Rivet procéda à la bénédiction des bâtiments le 3 novembre. La communauté s’y installa le 15 juillet 1870.
La guerre de 1870 laissa des traces dans les bâtiments tout neufs,
en particulier dans la salle du Chapitre où des balles firent une
large et profonde égratignure.
Soumise aux réquisition pour loger l’armée occupante, la communauté
put mettre à la disposition des troupes l’ancienne maison St Lazare.
Des mobiles puis 50 garibaldiens y logèrent. Condamnant les portes
et les fenêtres du Monastère donnant sur la maison Saint Lazare, les
sœurs ne furent pas davantage inquiétées et restèrent dans leur
solitude.
Élisabeth de la Trinité a pu voir de chez elle (elle habitait rue
Prieur de la Côte d'Or) la façade nord du Monastère, comme elle
l'évoque dans la posie P 40 :
Ma chambre est bien simple et bien petite,
Mais je l'aime avec son grand balcon
Car de là je vois les Carmélites
Et j'entends leurs si doux carillons.
... Je vois les fenêtres minuscules
Des humbles et pauvres cellules,
Je vois le clocher simple et gracieux,
Je le vois s'élevant vers les cieux.
Je vois la chapelle mystérieuse
Des humbles et pauvres religieuses,
La chapelle où j'aurai le bonheur
De me donner à Notre-Seigneur.
Je vois leur beau jardin solitaire
Avec ses grands arbres séculaires,
Je vois quelquefois les humbles Sœurs
Travaillant la terre avec ardeur.
Ce que je vois de mon balcon
Peu après le 15 octobre 1897
Le relèvement du Carmel
de DijonLes sœurs s'intéressèrent de très près à l'histoire du premier
Carmel, de 1605 à la Révolution. Les archives du Carmel de Dijon,
maintenant à Flavignerot, gardent la trace de ces recherches. [Ainsi
on trouve, dans les écrits qu'Élisabeth de la Trinité a pu copier,
la liste des Prieures de l'Ancien Carmel.]
Ce qui témoigne du désir d'inscrire les "deux" Carmels de Dijon dans
une succession spirituelle - comme le prophète Elisée demandant au
prophète Elie une double part de son esprit.
Elie dit à Elisée : « Demande-moi ce que
tu désires que je fasse pour toi, avant que le Seigneur m'enlève
d'auprès de toi. » Elisée répondit : « J'aimerais recevoir en héritage
une double part de ton esprit prophétique. »
« Tu demandes une chose difficile à obtenir, reprit Elie. Toutefois,
si tu me vois, au moment où le Seigneur m'enlèvera d'auprès de toi,
c'est que ta demande se réalisera ; si tu ne me vois pas, c'est
qu'elle ne se réalisera pas. »
Pendant qu'ils marchaient et s'entretenaient, un char étincelant,
tiré par des chevaux éclatant de lumière, les sépara ; et aussitôt,
Elie fut enlevé au ciel dans un tourbillon de vent.
Lorsque Elisée vit cela...
(Second Livre des Rois, chapitre 2, versets 9 - 12)
Le patronage de la CommunautéVenant donc à Dijon avec ce désir de relever l’ancien Carmel et
ayant lu, dans le cours des évènements, des signes de la protection
à leur égard de Saint Joseph, patron du Carmel dijonnais, les sœurs
décidèrent de placer leur monastère sous son patronage en gardant la
Chapelle sous celui du Cœur agonisant de Jésus médiateur et du Cœur
transpercé de Marie Immaculée.
Outre cela des signes leur furent donnés de la « continuité » du
Carmel de Dijon.
Une statue de l'Enfant Jésus
Le 18 mars 1875, avant les premières Vêpres de la solennité de Saint
Joseph, deux vielles demoiselles se présentent au parloir du
monastère. Elles venaient restituer au Carmel une statue de l’Enfant
Jésus. Il leur avait été légué par une amie qui le tenait elle-même
de sa tante, Marguerite Constantin, sœur tourière de l’ancien
Carmel. L’obligation avait été faite à ces deux demoiselles de
remettre la statue dès qu’un Carmel serait rétabli à Dijon. Ce fut
une grande joie pour les sœurs qui placèrent la statue sur l’autel
du chœur.
Cette statue est en bois, d'une hauteur de 35 centimètres, et elle a
plus de 300 ans d'existence. Elle représente l'Enfant-Jésus Roi,
debout, vêtu d'une robe et d'un manteau royal, portant un sceptre et
une couronne d'argent ciselée de fleurs de lys.
Le « retour » de Notre Dame de grâce.
Histoire : En 1613 ou 1614, la Prieure de Dijon qui était alors Mère
Louise de Jésus, succédant à Anne de Jésus (fondatrice et première
Prieure de l’ancien Carmel), posa une "image" de la Vierge dans une
niche du cloître du Monastère, alors rue Sainte Anne à Dijon.
Constatant la dévotion grandissante qu’inspirait cette statue à
elle-même et à ses sœurs, Mère Thérèse de Jésus, en 1643 voulu
connaître sous quel nom la Vierge représentée voulait être révérée.
Mère Thérèse s’adressa à la vénérable Marguerite du Saint Sacrement,
favorisée alors de grâces mystiques, au Carmel de Beaune. Sœur
Marguerite de Saint Sacrement répondit :
« Sera Notre Dame de Grâce.
La digne Mère de Dieu a toujours aimé cette maison, et y a fait bien
des grâces, elle y sera Mère de Grâce, sera par elle et par sa grâce
que la grâce y régnera. » La solennité de la dédicace de cette
"Image" fut faite le 25 août 1645 et la fête de Notre Dame de grâce
fut instituée à la date du 25 mai, chaque année.
La
grâce
Le sens du mot dans l'Ecriture Sainte résume les développements
théologiques ultérieurs.
Dans le Premier Testament, la "grâce" signifie la faveur divine, et
parfois la bénignité gratuite et miséricordieuse, la complaisance,
la condescendance du Seigneur, source de bénédictions.
C'est aussi le sens fondamental du mot "grâce" dans le Nouveau
Testament. La grâce est la faveur, la bienveillance gratuite et
miséricordieuse du Père à l'égard des hommes pécheurs. Cette
bienveillance divine est d'ailleurs inséparable de ses bienfaits :
ils se résument tous dans le don du Christ Rédempteur.
Mère du Christ, Marie est donc bien "Notre Dame de grâce", celle par
qui la grâce nous vient.Etant donné ce qu’avait représenté cette « Image » pour celles qui
les avaient précédées, les sœurs de Dijon souhaitaient vivement la
retrouver en leur monastère. Notre Dame de grâce avait cependant été
emmenée au Carmel de Beaune en juillet 1819 par les carmélites de
Dijon qui avaient alors perdu l’espoir de pouvoir rétablir l’Ordre
en cette ville. Il n’était pas possible d’en demander le retour au
carmélites de Beaune qui s’y étaient attachées.
En 1892 le bibliothécaire de la ville de Dijon vint proposer à la
Prieure du Carmel – alors Mère du Cœur de Jésus (voir plus haut,
sœur Marie du Cœur de Jésus) – d’acheter un enfant Jésus en cire
ayant appartenu, avant la Révolution, à une dame de qualité. Après
l’avoir considéré et soupçonnant qu’il avait pu être habillé par les
carmélites de l’ancien Carmel, la Prieure en fit l’acquisition. Les
sœurs furent alors inspirées de demander à l’Enfant Jésus le retour
de sa mère, Notre Dame de grâce. A l’issue de la seconde neuvaine
faite à cette intention, une personne proposa une Vierge noire pour
laquelle elle cherchait un asile. Les sœurs se considérèrent comme
exaucées et le 31 janvier 1893 Notre Dame de grâce reprenait
possession de son Carmel de Dijon, ce qu’elle fit de manière
solennelle le 1er février suivant, au cours d’une procession dans le
monastère.
La statue de la Vierge est en bois, la figure est noire, elle a le
corsage doré et le reste rouge et or. En dessous de la statue, il y
a trois trous qui semblent avoir été destinés à la fixer sur un
bâton. Elle a appartenu à un ancien bâtonnier de la confrérie de
Notre-Dame du Bon Espoir dont elle est une réduction. La tête de
l’Enfant Jésus se montre à travers une ouverture du vêtement de sa
mère, son visage est blanc. Les deux têtes étaient couronnées de
petite couronnes en fer blanc bien travaillées.
C’est à Notre Dame de grâce que les sœurs s’adressèrent
particulièrement aux temps troublés de la lutte contre les
Congrégations lui demandant en 1902 la grâce de défendre les
communautés religieuses menacées dans leur existence.
Le Carmel de Dijon devra, à la suite d'une circulaire ministérielle,
fermer sa chapelle au public le 16 avril 1903 jusqu'au printemps
1906 et Mère Germaine ira en Belgique préparer le retrait éventuel
de la Communauté. Mais finalement la Communauté pourra poursuivre la
vie monastique sur place, sans autre inquiétude.
La fondation de Paray-le-Monial Le Carmel, bien reçu à Dijon, y trouve réellement sa place et les
vocations arrivent. Sainte Thérèse d’Avila, en réformant le Carmel
au XVIème siècle avait insisté pour que le nombre des sœurs dans ses
monastères ne dépasse pas 21, de telle manière que puisse être
préservé le climat de simplicité fraternelle et d’amitié qu’elle
voulait voir régner entre toutes.
A Pâques1901 la Communauté de Dijon compte 29 sœurs dont 3 novices,
5 sœurs converses et 2 sœurs tourières. Mère Marie de Jésus, alors
Prieure, envisage donc de fonder. Le Curé de Velars serait très
heureux de pouvoir entourer la statue de Notre Dame d’Etang
(pèlerinage marial bourguignon, proche de Dijon) d’une présence
contemplative. Consulté et après s’être montré d’abord favorable,
l’évêque de Dijon – Monseigneur le Nordez – s’oppose finalement au
projet. Après avoir prié les sœurs décident de s’adresser au
Cardinal Perraud – évêque d’Autun – pour lui demander s’il
accepterait qu’un Carmel vienne s’installer à Paray-le-Monial. Le
prochain vote de la loi de 1901 – hostile aux Congrégations incite
Monseigneur Perraud à ne pas précipiter sa réponse. Cependant après
avoir pris conseil, le Cardinal donne son accord le 19 mai 1901. Le
25 mai, fête de Notre Dame de grâce, Monseigneur le Nordez,
sollicité de donner son autorisation pour le départ d'un groupe de
sœurs fondatrices, donne une réponse positive. 5 sœurs rejoignent
Paray le 29 juin. Le 14 août, au lendemain de la profession de sœur
Marie Madeleine de Jésus, Mère Marie de Jésus emmène la nouvelle
professe et une autre sœur. Enfin les novices désignées quittent
Dijon elles aussi, au mois d'octobre.
C'est donc une Communauté encore relativement nombreuse (19 soeurs),
mais en pleine réorganisation qui accueille Élisabeth de la Trinité
le 2 août 1901.
Livrée entièrement au Seigneur, elle va contribuer à son tour à
écrire l'histoire du Carmel de Dijon dans l'élan mystique profond
qui animait les fondatrices de l'ancien Carmel, filles chères au
cœur de la Madre.
Visite du Carmel
Ah, si vous saviez comme le Carmel est un coin du Ciel ! Dans le
silence et la solitude on y vit seule avec Dieu seul, ici tout parle
de Lui, partout on le sent si vivant, si présent. La prière est
notre principale, je devrais dire notre unique occupation, car pour
une carmélite, elle ne doit jamais cesser
Lettre L 142 à Marie Louise Ambry, 26 octobre 1902