Carmel de Dijon-Flavignerot > Histoire > La relèvement du Carmel de Dijon au XVIIème siècle

De la rue de Messine (Paris) à Strasbourg

De Strasbourg...
... à Dijon
Le relèvement du Carmel de Dijon
La fondation du Carmel de Paray-le-Monial


Une carmélite… c'est une âme qui a regardé le Crucifié, qui l'a vu s'offrant comme Victime à son Père pour les âmes et, se recueillant sous cette grande vision de la charité du Christ, elle a compris la passion d'amour de son âme, et elle a voulu se donner comme Lui !... Et sur la montagne du Carmel, dans le silence, dans la solitude, dans une oraison qui ne finit jamais, car elle se continue à travers tout, la carmélite vit déjà comme au Ciel : « de Dieu seul ». Lettre L 133 à Germaine de Gemeaux, 7 août 1902


Vers une fondation…

Paris, faubourg Saint-Honoré, 1857.

Une carmélite du Monastère de la rue de Messine a l’inspiration – dans l’oraison - de fonder un Carmel dédié à l’«œuvre de la médiation». Devenue Sous Prieure, l’inspiration se faisant plus insistante, elle communique son désir à la Prieure à l’issue de la retraite communautaire le 12 octobre 1860. Le projet de fondation est examiné sérieusement, malgré une situation politique déjà difficile pour les Congrégations.
Une circulaire du Premier ministre enjoint en effet aux Préfets de ne plus permettre l’établissement de nouvelles maisons religieuses et demande la fermeture des couvents qui ne comptent pas 6 mois d’existence. Cette hostilité gouvernementale incitait à la prudence.
Contre toute attente les évènements s’enchaînent heureusement. Le 14 octobre 1860 la Communauté s’engage par vœu devant le Saint Sacrement à ériger un Carmel destiné à suivre Jésus médiateur dans son œuvre de rédemption et de médiation.
Où et quand faire cette fondation ? Une ouverture se fait en direction de Lille. Mais l’archevêque de Cambrai ne croit pas prudent d’accorder son autorisation.


Le vœu du Carmel de la rue de Messine : suivre Jésus médiateur dans son œuvre de rédemption et de médiation.

La dédicace du Carmel de Strasbourg : le Carmel est dédié au Cœur agonisant de Jésus médiateur et au cœur transpercé de Marie

Vœu et dédicace prennent leur source dans une attitude chrétienne remontant aux débuts de l’église : réparer les outrages faits aux Christ au moment de sa Passion. Cette démarche spirituelle connu un essor renouvelé au XVIIème siècle avec la dévotion au Sacré Cœur inspirée à Marguerite-Marie, autour de la Visitation de Paray-leMonial. Au XIXème siècle les catholiques français s'inspirent de ce même courant dans le souci de réparer les atteintes portées au Christ, à son représentant (le Pape) et à l'Eglise dans une histoire traversée par les conséquences de l’évènement révolutionnaire.


Tableau de l'Agonie du Christ qui se trouvait dans le choeur des moniales
De Strasbourg…

A la moitié du XIXème siècle, une seule province ne possédait pas de Carmel : l’Alsace. Profitant du passage d’un Père jésuite - ami de la Communauté et alsacien de souche - la Prieure du Carmel de la rue de Messine l’entretient de ce désir de fondation et s’enquiert des possibilités qu’offrirait Strasbourg. Se réjouissant d’une telle éventualité, le Père Conrad pose des jalons vers la capitale alsacienne et se trouve invité à prendre contact avec Mesdames Hertzog et de Münck. Ces dames peuvent avoir des entrées auprès de Monseigneur Roess, alors évêque de Strasbourg. Consulté par elles, le Prélat se déclare heureux de la possible fondation du Carmel dans son diocèse, si son conseil est favorable à un tel projet. Le 20 décembre 1860 la réponse épiscopale est tout à fait favorable. La comtesse de Puységur, mère d’une sœur de la rue de Messine, libérant le patrimoine de sa fille, donne à la petite fondation l’assise matérielle nécessaire.
Reste à trouver une maison permettant un établissement convenable. Le 3 juin 1861 la Sous Prieure, choisie comme Prieure de la nouvelle fondation se rend à Strasbourg avec deux autres sœurs. Des déceptions les attendent: Aucun local ne semble convenir… jusqu’à ce que soit mentionnée une maison du faubourg Saint Louis. Après une vente difficile, l’achat est enfin conclu et les travaux d’aménagement commencent le 10 juillet. Le 15 octobre suivant le Carmel de Strasbourg est érigé.
La Cathédrale de Strasbourg
Le noyau fondateur se compose de 7 sœurs. Elles ont pour Prieure : Mère Marie de la Trinité, pour Sous Prieure : sœur Marie-Béatrice de l’Immaculée Conception. Sœur Marie Xavier de Jésus est économe, et sœur Marie de l’Incarnation est sœur converse.


Sœur Marie de l'Incarnation
Elle naquit à Vallerois-le-Bois (Haute-Saône) le 21 janvier 1830.
Sollicitant alors son entrée auprès de la Mère Prieure du Carmel de la rue d'Enfer, à Paris, elle fut acceptée comme sœur converse pour la fondation alors en préparation du carmel de la rue de Messine à Paris. Elle y fait profession le 18 décembre 1855. Désignée en 1861 pour faire partie de la fondation de Strasbourg elle se retrouva à Dijon lorsque le Carmel s'y transféra.
Une attaque de paralysie l'installa à l'infirmerie du monastère à partir de juillet 1899. Elle fut la voisine d'Elisabeth de la Trinité lorsque celle-ci y vint à son tour. Toujours oublieuse d’elle-même, elle suivit les dernières phases de la longue agonie de sa voisine... que le divin Epoux appelait déjà aux noces éternelles, et malgré tout, elle espérait encore la précéder au ciel. Elle lui fit exprimer son désir qu’elle l’attendît, se prévalant de son droit d’aînée pour partir la première. L’infirmière s’étant acquittée de son message, lui transmit ces paroles: «Dites à ma Sœur Marie de l’Incarnation qu’elle peut être sûre que je ne tarderai pas à venir la chercher». Cette réponse la satisfit pleinement. (extrait de la circulaire nécrologique)
La promesse fut tenue le 14 novembre suivant.


Trois novices ouvrent l’avenir communautaire : Marie de Saint Elie, Madeleine de Jésus et Clémence de Jésus.
Ce petit noyau connaîtra des évolutions.
Un départ : Sœur Marie Xavier doit repartir à Paris pour raisons de santé.
Des arrivées : sœur Marie Joseph Aimée du Saint Sacrement et les sœurs qui connaîtront plus tard Elisabeth de la Trinité :

 
Sœur Apolline du Saint Cœur de Marie
Née à Strasbourg le 15 décembre 1840, elle entra au Carmel en 1862 et y prit l'habit le 22 août 1862. Elle fit profession le 4 décembre 1863. Elle mourut le 11 décembre 1920

Sœur Marie Ignace de Jésus
Née le 20 février 1842, elle entra au Carmel le 25 avril 1863, elle prit l'habit le 27 août 1863 et fit profession le 17 septembre 1865, à la veille du transfert à Dijon. Elle meurt le 13 mai 1923.

Sœur Marie du Cœur de Jésus
Née le 31 octobre 1844, elle entre au Carmel en 1865 où elle prend l'habit le 24 octobre. Elle fait profession le 14 septembre 1866 et fut ainsi la première sœur de la Communauté à faire profession à Dijon. Elle meurt le 9 novembre 1926, exactement 20 ans après Elisabeth de la Trinité.
Le 11 novembre 1906, celle-ci lui avait obtenu une grâce :

C'était le 11 novembre 1906, en cette veille des funérailles de notre bien-aimée Sœur, la chère Mère, première sacristine s'entendit sonner par nos sœurs tourières, comme une de ses crises de vertiges, fréquentes alors et de longue durée, la retenait sur son lit. Impossible de songer à répondre à l'appel ; celui-ci est réitéré, une inspiration subite passa dans l'âme de la Mère Marie du Cœur de Jésus ; vaillante en sa foi comme en sa volonté, elle crut qu'Elisabeth, pour le service de qui elle était appelée pourrait bien dissiper ce vertige. Se traînant alors comme elle put jusqu'au chœur, elle appuya son front aux pieds de notre angélique Sœur, et obtint immédiatement le complet effet de son confiant recours et put vaquer librement à son emploi.
Extrait de la circulaire nécrologique





Soeur Marie de l'Incarnation






Soeur Appoline du Saint Cœur de Marie
Soeur Ignace de Jésus
Soeur Marie du Coeur de Jésus
Heureusement que, tout en étant Marthe, on peut rester comme Madeleine toujours auprès du Maître, le contemplant dans un regard tout amoureux. Et c'est là notre vie au Carmel car, quoique la prière soit notre principale et même notre unique occupation, car la prière d'une carmélite ne cesse jamais, nous avons aussi des ouvrages, des actes extérieurs.
Lettre L 108 à ses tantes Rolland, 11 février 1902

Installée rue Sainte Élisabeth à Strasbourg la nouvelle fondation connut bien des épreuves l’atteignant à la fois dans la Communauté et dans son environnement qui se révélera insuffisamment paisible pour l’exercice d’une vie contemplative cloîtrée. Un transfert s’impose alors rapidement. Mais… Où aller ?…


… à Dijon
   
La Prieure, gardait vif le souvenir de celle qui avait été sa maîtresse des novices, après avoir fondé le Carmel de la rue de Messine. Décédée en 1855, Sœur Isabelle de Saint Paul était originaire de Dijon et sa famille restait très attachée au Carmel.
Mère Marie de la Trinité se demandait donc s’il ne serait pas possible de relever le Carmel de Dijon – troisième fondation du Carmel thérésien en France au XVIIème siècle, qui avait été si florissant jusqu’à la dispersion révolutionnaire.  
Le projet est confié à Saint Joseph sous le patronage duquel le premier monastère dijonnais était placé.
Mère Marie de la Trinité se met en rapport avec la sœur de Mère Isabelle de Saint Paul qui, après avoir pris conseil, approuve vivement l’éventualité du relèvement. Monsieur de Blic, père de Sœur Isabelle est chargé de pressentir Monseigneur Rivet alors évêque de Dijon. La grande prudence de ce dernier, en particulier pour tout ce qui touchait à l’aspect matériel de la future vie des sœurs à Dijon l’incita à subordonner son approbation à la présence de certaines conditions financières. Le 28 septembre 1864 celles-ci étaient remplies. L’évêque de Dijon écrivait alors à Mère Marie de la Trinité pour inviter la Communauté à réaliser le transfert désiré.  
Une maison fut trouvée et achetée à la fin du mois d’octobre 1864. Elle se trouvait au 13 de la rue Saint Lazare, au faubourg Saint-Pierre. Avant la Révolution elle avait appartenu aux Pères lazaristes. Des travaux sont entrepris pour rendre la maison habitable pour des moniales. Pendant ce temps les sœurs acceptèrent l’accueil des sœurs hospitalières à Champ-Maillot où elles se retrouvèrent au grand complet le 13 novembre.  
Monseigneur Rivet vint les bénir là en la fête de Saint Jean de la Croix, le 24 novembre :

Il approche le moment heureux où vous verrez s'ouvrir pour vous la porte de votre nouvelle demeure ; rappelez-vous que ce ne sont ni les murs ni la disposition d'une maison qui font un monastère; c'est en vous d'abord qu'il doit exister par la pratique des vertus que votre sainte Règle vous impose. Vos vertus, le monde ne les verra pas, mais elles doivent répandre un parfum dont la bonne odeur se fera sentir autour de vous. La cité, en vous recevant dans son sein, a le droit d'attendre cela de vous. En vous permettant de relever le monastère de Dijon, fondé par la vénérable Mère Anne de Jésus, elle compte sur les secours qu'elle a toujours reçus de vos saintes devancières, et vous ne tromperez pas son attente.
Plan de Strasbourg - la rue Sainte Elisabeth est en bas, en dessous du point rouge

Le 17 janvier 1865 – fête de Saint Antoine - les sœurs peuvent prendre possession de leur maison de la rue Saint Lazare.     La maison – ancienne – n’offrait guère des conditions idéales pour maintenir les sœurs en bonne santé. Un bienfaiteur strasbourgeois eu alors le désir de leur faire construire un monastère plus salubre sur l’emplacement d’un des jardins de la propriété.  Aussitôt pensé, aussitôt fait… ou presque…. Grâce à la générosité de quelques donateurs la construction du nouveau bâtiment pu commencer dès le 25 juillet 1868. Au mois de novembre 1869 il était achevé. Et Monseigneur Rivet procéda à la bénédiction des bâtiments le 3 novembre. La communauté s’y installa le 15 juillet 1870.

La guerre de 1870 laissa des traces dans les bâtiments tout neufs, en particulier dans la salle du Chapitre où des balles firent une large et profonde égratignure.
Soumise aux réquisition pour loger l’armée occupante, la communauté put mettre à la disposition des troupes l’ancienne maison St Lazare. Des mobiles puis 50 garibaldiens y logèrent. Condamnant les portes et les fenêtres du Monastère donnant sur la maison Saint Lazare, les sœurs ne furent pas davantage inquiétées et restèrent dans leur solitude.

Élisabeth de la Trinité a pu voir de chez elle (elle habitait rue Prieur de la Côte d'Or) la façade nord du Monastère, comme elle l'évoque dans la posie P 40 : 
Ma chambre est bien simple et bien petite,
Mais je l'aime avec son grand balcon
Car de là je vois les Carmélites
Et j'entends leurs si doux carillons.  
... Je vois les fenêtres minuscules
Des humbles et pauvres cellules,
Je vois le clocher simple et gracieux,
Je le vois s'élevant vers les cieux.
Je vois la chapelle mystérieuse  
Des humbles et pauvres religieuses,  
La chapelle où j'aurai le bonheur  
De me donner à Notre-Seigneur.    
Je vois leur beau jardin solitaire  
Avec ses grands arbres séculaires,  
Je vois quelquefois les humbles Sœurs  
Travaillant la terre avec ardeur.
Ce que je vois de mon balcon
 Peu après le 15 octobre 1897


Le relèvement du Carmel de Dijon

Les sœurs s'intéressèrent de très près à l'histoire du premier Carmel, de 1605 à la Révolution. Les archives du Carmel de Dijon, maintenant à Flavignerot, gardent la trace de ces recherches. [Ainsi on trouve, dans les écrits qu'Élisabeth de la Trinité a pu copier, la liste des Prieures de l'Ancien Carmel.]
Ce qui témoigne du désir d'inscrire les "deux" Carmels de Dijon dans une succession spirituelle - comme le prophète Elisée demandant au prophète Elie une double part de son esprit.

Elie dit à Elisée : « Demande-moi ce que tu désires que je fasse pour toi, avant que le Seigneur m'enlève d'auprès de toi. » Elisée répondit : « J'aimerais recevoir en héritage une double part de ton esprit prophétique. »
« Tu demandes une chose difficile à obtenir, reprit Elie. Toutefois, si tu me vois, au moment où le Seigneur m'enlèvera d'auprès de toi, c'est que ta demande se réalisera ; si tu ne me vois pas, c'est qu'elle ne se réalisera pas. »
Pendant qu'ils marchaient et s'entretenaient, un char étincelant, tiré par des chevaux éclatant de lumière, les sépara ; et aussitôt, Elie fut enlevé au ciel dans un tourbillon de vent.
Lorsque Elisée vit cela...   (Second Livre des Rois, chapitre 2, versets 9 - 12)


Le patronage de la Communauté
Venant donc à Dijon avec ce désir de relever l’ancien Carmel et ayant lu, dans le cours des évènements, des signes de la protection à leur égard de Saint Joseph, patron du Carmel dijonnais, les sœurs décidèrent de placer leur monastère sous son patronage en gardant la Chapelle sous celui du Cœur agonisant de Jésus médiateur et du Cœur transpercé de Marie Immaculée.
 
Outre cela des signes leur furent donnés de la « continuité » du Carmel de Dijon.


Une statue de l'Enfant Jésus

Le 18 mars 1875, avant les premières Vêpres de la solennité de Saint Joseph, deux vielles demoiselles se présentent au parloir du monastère. Elles venaient restituer au Carmel une statue de l’Enfant Jésus. Il leur avait été légué par une amie qui le tenait elle-même de sa tante, Marguerite Constantin, sœur tourière de l’ancien Carmel. L’obligation avait été faite à ces deux demoiselles de remettre la statue dès qu’un Carmel serait rétabli à Dijon. Ce fut une grande joie pour les sœurs qui placèrent la statue sur l’autel du chœur.
 
Cette statue est en bois, d'une hauteur de 35 centimètres, et elle a plus de 300 ans d'existence. Elle représente l'Enfant-Jésus Roi, debout, vêtu d'une robe et d'un manteau royal, portant un sceptre et une couronne d'argent ciselée de fleurs de lys.


Le « retour » de Notre Dame de grâce.

Histoire : En 1613 ou 1614, la Prieure de Dijon qui était alors Mère Louise de Jésus, succédant à Anne de Jésus (fondatrice et première Prieure de l’ancien Carmel), posa une "image" de la Vierge dans une niche du cloître du Monastère, alors rue Sainte Anne à Dijon. Constatant la dévotion grandissante qu’inspirait cette statue à elle-même et à ses sœurs, Mère Thérèse de Jésus, en 1643 voulu connaître sous quel nom la Vierge représentée voulait être révérée. Mère Thérèse s’adressa à la vénérable Marguerite du Saint Sacrement, favorisée alors de grâces mystiques, au Carmel de Beaune. Sœur Marguerite de Saint Sacrement répondit : « Sera Notre Dame de Grâce. La digne Mère de Dieu a toujours aimé cette maison, et y a fait bien des grâces, elle y sera Mère de Grâce, sera par elle et par sa grâce que la grâce y régnera. » La solennité de la dédicace de cette "Image" fut faite le 25 août 1645 et la fête de Notre Dame de grâce fut instituée à la date du 25 mai, chaque année.

La grâce
Le sens du mot dans l'Ecriture Sainte résume les développements théologiques ultérieurs.
Dans le Premier Testament, la "grâce" signifie la faveur divine, et parfois la bénignité gratuite et miséricordieuse, la complaisance, la condescendance du Seigneur, source de bénédictions.
C'est aussi le sens fondamental du mot "grâce" dans le Nouveau Testament. La grâce est la faveur, la bienveillance gratuite et miséricordieuse du Père à l'égard des hommes pécheurs. Cette bienveillance divine est d'ailleurs inséparable de ses bienfaits : ils se résument tous dans le don du Christ Rédempteur.
Mère du Christ, Marie est donc bien "Notre Dame de grâce", celle par qui la grâce nous vient.


Etant donné ce qu’avait représenté cette « Image » pour celles qui les avaient précédées, les sœurs de Dijon souhaitaient vivement la retrouver en leur monastère. Notre Dame de grâce avait cependant été emmenée au Carmel de Beaune en juillet 1819 par les carmélites de Dijon qui avaient alors perdu l’espoir de pouvoir rétablir l’Ordre en cette ville. Il n’était pas possible d’en demander le retour au carmélites de Beaune qui s’y étaient attachées.
En 1892 le bibliothécaire de la ville de Dijon vint proposer à la Prieure du Carmel – alors Mère du Cœur de Jésus (voir plus haut, sœur Marie du Cœur de Jésus) – d’acheter un enfant Jésus en cire ayant appartenu, avant la Révolution, à une dame de qualité. Après l’avoir considéré et soupçonnant qu’il avait pu être habillé par les carmélites de l’ancien Carmel, la Prieure en fit l’acquisition. Les sœurs furent alors inspirées de demander à l’Enfant Jésus le retour de sa mère, Notre Dame de grâce. A l’issue de la seconde neuvaine faite à cette intention, une personne proposa une Vierge noire pour laquelle elle cherchait un asile. Les sœurs se considérèrent comme exaucées et le 31 janvier 1893 Notre Dame de grâce reprenait possession de son Carmel de Dijon, ce qu’elle fit de manière solennelle le 1er février suivant, au cours d’une procession dans le monastère.
 
La statue de la Vierge est en bois, la figure est noire, elle a le corsage doré et le reste rouge et or. En dessous de la statue, il y a trois trous qui semblent avoir été destinés à la fixer sur un bâton. Elle a appartenu à un ancien bâtonnier de la confrérie de Notre-Dame du Bon Espoir dont elle est une réduction. La tête de l’Enfant Jésus se montre à travers une ouverture du vêtement de sa mère, son visage est blanc. Les deux têtes étaient couronnées de petite couronnes en fer blanc bien travaillées.
 
C’est à Notre Dame de grâce que les sœurs s’adressèrent particulièrement aux temps troublés de la lutte contre les Congrégations lui demandant en 1902 la grâce de défendre les communautés religieuses menacées dans leur existence. 
Le Carmel de Dijon devra, à la suite d'une circulaire ministérielle, fermer sa chapelle au public le 16 avril 1903 jusqu'au printemps 1906 et Mère Germaine ira en Belgique préparer le retrait éventuel de la Communauté. Mais finalement la Communauté pourra poursuivre la vie monastique sur place, sans autre inquiétude.
 
 
La fondation de Paray-le-Monial
 
Le Carmel, bien reçu à Dijon, y trouve réellement sa place et les vocations arrivent. Sainte Thérèse d’Avila, en réformant le Carmel au XVIème siècle avait insisté pour que le nombre des sœurs dans ses monastères ne dépasse pas 21, de telle manière que puisse être préservé le climat de simplicité fraternelle et d’amitié qu’elle voulait voir régner entre toutes.
A Pâques1901 la Communauté de Dijon compte 29 sœurs dont 3 novices, 5 sœurs converses et 2 sœurs tourières. Mère Marie de Jésus, alors Prieure, envisage donc de fonder. Le Curé de Velars serait très heureux de pouvoir entourer la statue de Notre Dame d’Etang (pèlerinage marial bourguignon, proche de Dijon) d’une présence contemplative. Consulté et après s’être montré d’abord favorable, l’évêque de Dijon – Monseigneur le Nordez – s’oppose finalement au projet. Après avoir prié les sœurs décident de s’adresser au Cardinal Perraud – évêque d’Autun – pour lui demander s’il accepterait qu’un Carmel vienne s’installer à Paray-le-Monial. Le prochain vote de la loi de 1901 – hostile aux Congrégations incite Monseigneur Perraud à ne pas précipiter sa réponse. Cependant après avoir pris conseil, le Cardinal donne son accord le 19 mai 1901. Le 25 mai, fête de Notre Dame de grâce, Monseigneur le Nordez, sollicité de donner son autorisation pour le départ d'un groupe de sœurs fondatrices, donne une réponse positive. 5 sœurs rejoignent Paray le 29 juin. Le 14 août, au lendemain de la profession de sœur Marie Madeleine de Jésus, Mère Marie de Jésus emmène la nouvelle professe et une autre sœur. Enfin les novices désignées quittent Dijon elles aussi, au mois d'octobre.
 
C'est donc une Communauté encore relativement nombreuse (19 soeurs), mais en pleine réorganisation qui accueille Élisabeth de la Trinité le 2 août 1901. 
Livrée entièrement au Seigneur, elle va contribuer à son tour à écrire l'histoire du Carmel de Dijon dans l'élan mystique profond qui animait les fondatrices de l'ancien Carmel, filles chères au cœur de la Madre.
 
Visite du Carmel
 
Ah, si vous saviez comme le Carmel est un coin du Ciel ! Dans le silence et la solitude on y vit seule avec Dieu seul, ici tout parle de Lui, partout on le sent si vivant, si présent. La prière est notre principale, je devrais dire notre unique occupation, car pour une carmélite, elle ne doit jamais cesser Lettre L 142 à Marie Louise Ambry, 26 octobre 1902
Le Carmel, boulevard Carnot à Dijon


Le Carmel, boulevard Carnot à Dijon - entrée

Extrait du plan de Dijon, montrant le boulevard Carnot et la rue Prieur de la Côte d'Or

Clocher du Carmel à Dijon


Statue du prophète Elie sur la façade de l'Eglise du premier Monastère, rue Sainte Anne
Le Petit Roi de Grâce - Statue du Carmel de Dijon






















Notre Dame de GrâceNotre Dame de Grâce