|
Tant
que tu es silencieux, Sa parole est ta parole
Diwân
Il
me semble qu'au Ciel, ma mission sera d'attirer les âmes en les aidant
à sortir d'elles pour adhérer à Dieu
par un
mouvement tout simple et
tout amoureux, et de les garder en ce grand
silence du dedans
qui permet à Dieu de s'imprimer en elles, de les transformer en
Lui-même.

Ici,
c’est le grand silence qui enveloppe notre vie,
et
permet à nos âmes de franchir l’infini pour nous perdre,
comme
en un avant-goût du Ciel, en l’amour de Celui qui est notre
Tout.
L
181 du 21 novembre 1903 à Madame de Sourdon
Huit
jours après son entrée au Carmel, Élisabeth se soumet à un
questionnaire sous forme récréative.
A la question : Quel
point de la Règle préférez-vous ? elle répond : le
silence.
Si
Élisabeth est séduite, bien sûr par l’aspect du
silence vécu comme espace nécessaire à la vie au Carmel – elle aime
entre toutes les heures de « grand silence » (depuis la fin
du dernier office liturgique de la journée jusqu’au début du premier
le lendemain où le silence est plus absolu) - elle donne cependant à
entendre que son silence ne découle pas uniquement de l’absence de
bruits ou de paroles extérieures.
Ne dit-elle pas dans la lettre 38, au
Chanoine Angles, alors qu’elle n’est pas encore au Carmel :
Il
me semble que rien ne peut distraire de Lui, lorsqu'on n'agit que pour
Lui, toujours en sa sainte présence, sous ce divin regard qui pénètre
dans le plus intime de l'âme; même au milieu du monde on peut
l'écouter dans le silence d'un cœur qui ne veut être qu'à Lui !
L'âme
a besoin de silence pour adorer
Le
silence du dedans
Élisabeth
dévoile donc une autre caractéristique du silence : le silence
intérieur ou comme elle aime à le dire : le silence du dedans. A
la fin de sa vie, en août 1906 elle expliquera en quoi consiste ce
silence. Dans sa Dernière retraite elle écrit :
Ma
Règle me dit: «Votre force sera en silence .» Il me semble donc que
conserver sa force au Seigneur, c'est faire l'unité en tout son être
par le silence intérieur, c'est ramasser toutes ses puissances pour les
" occuper " au " seul exercice de l'amour ", c'est
avoir cet "oeil simple" qui permet à la lumière de Dieu de
nous irradier. Une âme qui discute avec son moi, qui s'occupe de ses
sensibilités, qui poursuit une pensée inutile, un désir quelconque,
cette âme disperse ses forces, elle n'est pas tout ordonnée à Dieu:
sa lyre ne vibre pas à l'unisson et le Maître, quand Il la touche, ne
peut en faire sortir des harmonies divines, il y a encore trop d'humain,
c'est une dissonance.
|
En
réalité la Vérité se divise en dix chapitres. Je t'en dirai
plus si tu es attentif : peu parler compose le premier ; se
taire compose les neufs autres
un
mandarin chinois |
Et
elle poursuit « Ecoute, ma fille, prête l'oreille, oublie ton peuple
et la maison de ton père, et le Roi sera épris de ta beauté . »
Il
me semble que cet appel est une invitation au silence: écoute... prête
l'oreille... Mais pour entendre, il faut oublier « la maison de son
père », c'est-à-dire tout ce qui tient à la vie naturelle, cette vie
dont veut parler l'Apôtre quand il dit: « Si vous vivez selon la chair,
vous mourrez. » Oublier «son peuple», c'est plus difficile, il me
semble ; car ce peuple, c'est tout ce monde qui fait pour ainsi dire
partie de nous-même: c'est la sensibilité, les souvenirs, les
impressions, etc., le moi en un mot ! Il faut l'oublier, le quitter, et
quand l'âme a fait cette rupture, quand elle est libre de tout cela, le
Roi est épris de sa beauté. Car la beauté c'est l'unité, du moins
c'est celle de Dieu!...
|
Celui
qui connaît Dieu, la parole lui manque
Mahomet |
Le
chant du silence de la Trinité
...
dans le silence de l'oraison, écoutons-Le
Ce
silence de l’âme attire alors Dieu qui est épris de sa beauté et
Il la fait passer en cette solitude immense, infinie, en
ce « lieu spacieux » chanté par le prophète et qui n’est
autre que lui-même. ( Dernière retraite – Onzième jour).
Ainsi
la lyre est accordée à Dieu et elle fait sonner cet
hymne du
silence : n’est-ce pas le plus beau des cantiques, celui qui
se chante au sein des Trois (L 306 du 14 août 1906 à Mère Marie
de Jésus)
Une
louange de gloire, c’est une âme de silence
qui se tient comme une
lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit Saint 
afin qu’il en
fasse sortir des harmonies divines
Car
le silence est étroitement lié à la louange. Comme le note
Élisabeth reprenant le psaume
65 «Le
silence est ta louange !...»
Or
si le silence est louange, c’est parce qu’il est l'écho du silence
de louange qui se chante au sein des Trois.
A l’abbé
Chevignard, en 1903 Elisabeth écrit : Faisons-Lui en notre âme
une demeure toute pacifiée en laquelle se chante toujours le cantique
de l'amour, de l'action de grâces; et puis ce grand silence, écho de
celui qui est en Dieu !... et à sa sœur : Qu'en l'âme de
ma Guite se fasse un profond silence, écho de celui qui se chante en la
Trinité.
Devenue
silence l’âme chante ainsi la plus belle louange, puisque c'est
celle qui se chante éternellement au sein de la tranquille Trinité (Dernière
retraite – huitième jour).
|
Dieu
est silence
Eléazar
de Worms, kabbaliste juif - XIIIème siècle |
Chant
de louange, le silence est donc un lieu de rencontre. Un lieu d’union
à Dieu et par le fait même un lieu de communion, un vecteur de
communication avec les autres.
Dans la lettre 103, à sa mère en 1901
Élisabeth dit : Vois-tu, Il m'a prise pour se donner plus à
toi, écoute-le, fais du silence, Il te fera toutes mes commissions.
C'est à ce Christ, mon Fiancé adoré, que je confie mes vœux, mes
tendresses, mes mercis pour ma chère maman et ma petite Guite que
j'aime de tout mon cœur.
Et au chanoine Angles dans la lettre 203
en juin 1904, elle confie : pour les âmes il me semble qu'il
n'y a pas besoin de formules, c'est jusqu'à l'infini de Dieu qu'elles
pénètrent, et là, dans ce silence et ce calme où Il est Lui-même,
elles entendent ce qui monte de l'une à l'autre !...
Faisons-nous
silencieuses pour écouter Celui qui a tant à nous dire
Héritière
d’un longue tradition chrétienne et très particulièrement de celle
du Carmel, Élisabeth vit le silence de manière très positive :
il est la condition de la révélation de Dieu au cœur de l’homme et
le lieu de l’union à Dieu.
Cette
expérience d’Elisabeth lui permet d’être sans doute une maîtresse
spirituelle pour notre temps. En effet, le silence en Dieu est souvent
éprouvé aujourd’hui davantage comme silence
sur Dieu et même comme
silence de Dieu.
Le chant de louange d’Élisabeth donne la certitude d’une
présence.
Elle offre ainsi la possibilité d’un dialogue avec d’autres
traditions spirituelles et incite à redécouvrir autrement le chemin de
l’union à Dieu.
Pour
aller plus loin : aperçu biblique http://perso.wanadoo.fr/j.leveque-ocd/siope.htm
|