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Résumé : le 21 novembre 1904, c'est
la fête de la Présentation de la Vierge Marie au Temple. Élisabeth de la
Trinité écrit pour elle-même une Prière. Elle y laisse déborder son cœur
en ce jour où elle vient de renouveler ses vœux. S'ouvrant au mystère de
chaque personne de la Trinité, Élisabeth vit dans le désir toujours plus
intense de cet échange amoureux qui est au cœur de sa spiritualité de
louange de la gloire de Dieu. De manière surprenante, cette Prière fera
le tour du monde.
Le passé a engendré le présent où nous sommes, comme
notre aujourd'hui prépare l'avenir.
Les évènements qui ont hanté l'année 1904 nous
occupent toujours aujourd'hui. Ainsi en est-il par exemple du débat sur
la laïcité
- Le 7 juillet Le Président du Conseil émile Combes fait
adopter une loi interdisant à toutes les congrégations religieuses
d'enseigner. Près de 2500 établissements religieux sont contraints de
fermer.
- Le 4 septembre 1904 l'évêque de Dijon, Monseigneur
Albert Léon Marie le Nordez est destitué de son siège épiscopal, ce qui
consacre la rupture des relations diplomatiques entre le Saint Siège et
la France.
- Le 4 novembre l'affaire des fiches éclate au grand jour
: A la chambre des députés, le général André est giflé à deux reprises
par le député nationaliste du IIème arrondissement, Gabriel Syveton.
André, ancien ministre de la Guerre dans le gouvernement d'émile Combes,
avait fait rédiger par des francs-maçons des fiches de renseignements
sur les opinions religieuses des officiers républicains. L'affaire
éclate à la chambre des députés et le 15 novembre, le général André sera
contraint de démissionner.
D'autres ont été plus discrets... mais leur
rayonnement se propage, non moins intense...
Dans sa cellule, un jour de novembre, une carmélite, à
Dijon, laisse déborder son cœur et écrit une prière. Promise à aucune
publicité cette prière, 100 ans après, a fait le tour du monde et
plus important surtout, elle a habité le secret des cœurs les illuminant
de ce Silence auquel elle prend sa source, auquel elle conduit.
En ce lundi 21 novembre 1904, l'église catholique célèbre
une fête de la Vierge Marie : sa Présentation au temple de Jérusalem.
En ce jour est mis est lumière le don total de la jeune
Marie au Seigneur la préparant à devenir un jour le Temple vivant du
Fils de Dieu et à entrer le jour de l'Assomption dans le Temple éternel
de la gloire du Père. Par ce don qu'elle a fait de tout son être à Dieu,
la Vierge est devenue le modèle de toute vie consacrée dans l'église.
Et c'est pourquoi les hommes et les femmes qui vivent
dans la vie religieuse ont volontiers choisi ce jour pour renouveler
leurs vœux de pauvreté, chasteté, obéissance, ravivant ainsi ainsi le
don d'eux-même fait au jour de leur profession religieuse.
Alors la Communauté du Carmel de Dijon a, elle aussi,
renouvelé ses vœux, après la Messe matinale, devant le Saint Sacrement
exposé à l'oratoire.
La veille le prédicateur clôturait la retraite
communautaire commencée le 12 novembre précédent en invitant les sœurs à
contempler Marie et en leur suggérant de la prier : " vous passerez
cette journée à demander à la Sainte Vierge de vouloir bien vous mettre
dans les dispositions où elle était au moment où le Verbe éternel
descendit en elle ; de vous donner ses sentiments d'humilité qui
attirèrent Dieu. Vous essaierez de la comprendre et de vous unir à elle."
Cette invitation a dû ravir Élisabeth qui aimait
contempler le Mystère de l'Annonciation du Seigneur à Marie. Cette
heure où l'Esprit Saint survenant en Marie et la vertu du Très-Haut la
couvrant de son ombre, le Verbe s'incarnait en elle.
Comme tous les jours de fête, le Saint Sacrement
demeure exposé toute la journée à l'oratoire du Monastère et Élisabeth
de la Trinité aime à venir demeurer en sa Présence, lorsque d'autres
tâches ne la requièrent pas ailleurs. Dans la clarté de l'Amour ainsi
exposé elle fortifie sa foi alors que la lumière parfois se dérobe : "
Bien souvent, c'est la nuit profonde en toutes ces
heures, disait-elle
; mais à l'oraison du soir, Il me dédommage, et plus encore le
lendemain. Je recueille alors le fruit des actes et silences de la
veille...
"
Comme le confie Mère Germaine, sa Prieure, c'est sous
l'impression de cette contemplation qu'elle laissa déborder son cœur et
écrivit sa Prière
le 21 novembre 1904, en la fête de la Présentation de Notre-Dame, que
lui rendait chère l'alliance mystérieuse de la Vierge enfant avec les
trois divines Personnes. Notre sœur se recueillait en une
profonde adoration sur le seuil du Temple, et renouvelait ses vœux dans
ce même esprit d'oblation : c'est toute sa prière.
Une Prière faite dans un esprit
d'oblation
Recevoir la
diversité des appellations appliquées par la suite à un texte auquel
Élisabeth n'a donné aucun titre c'est peut-être déjà se mettre à
l'écoute de la lumière propre de cette musique qui le traverse.
Si Mère
Germaine parle plutôt de la "Prière ", ne la présentant comme une
" Pieuse élévation
" que dans la seconde édition des Souvenirs en 1911, d'autres sœurs la
désignent plus volontiers par ce même terme. Et c'est sous ce titre
qu'elle a eu droit à un premier commentaire spirituel et théologique.
Mais on parle
aussi de l'Offrande d'Elisabeth. Et la confidence de Mère
Germaine rapportée plus haut inscrit bien la Prière d'Elisabeth dans
cette démarche.
L'offrande de la louange
En disant cette
Prière on peut aussi entrer plus profondément dans la demande d'échange
qui l'anime intimement. Mouvement de réciprocité, échange sponsal, qui
est au cœur de la spiritualité d'Elisabeth. Elle qui veut être une
épouse pour le Christ Crucifié - et par Lui - de la Trinité.
Une réciprocité
qui rayonne dans le "moi en Lui et Lui en moi"... aidez-moi à
m'oublier entièrement pour m'établir en vous... Pacifiez
mon âme faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le
lieu de votre repos que je ne vous y laisse jamais seul... Et
l'on peut continuer jusqu'à la fin de la Prière : ensevelissez-vous
en moi pour que je m'ensevelisse en vous.
Comme la Vierge
Marie qui est entrée dans le Temple du Seigneur et qui, nourrie de sa
Parole est devenue Son Temple, Élisabeth - à l'écoute du Verbe - demande
à Dieu de l'établir en Lui et de venir faire sa demeure en elle,
jusqu'au renversement de la fin de la Prière : qu'Il vienne s'ensevelir
en elle pour qu'elle s'ensevelisse en Lui.
On ne peut pas
ne pas penser à ces vers de Saint Jean de la Croix, qu'Élisabeth
connaissait :
Je veux te donner, ô mon Fils,
Une épouse qui t’aime,
Qui par tes sacrifices mérite
De nous posséder à jamais.
(Romance sur la Création - traduction donnée d'après le
livre qu'Élisabeth avait entre les mains)
Il n'est guère aisé d'évoquer la réalité du mariage pour
parler de l'union à Dieu aujourd'hui.
Une certaine connotation érotique peut, en focalisant
l'attention sur une réalité qui a toute son importance, occulter
l'aspect d'oubli de soi, d'attention à l'autre, d'émerveillement devant
l'autre constitutif du cœur à cœur nuptial. Le mariage étant par
là le signe de la réalité qui unit le Christ à l'Eglise, dans laquelle
Il désire rassembler toute l'humanité.
Et cependant... la Prière d'Elisabeth vient chanter la
beauté de l'Amour qui ne vit qu'en se donnant, qu'en s'oubliant. Un
Amour qui s'ouvre au Mystère de la Personne, et c'est pourquoi Élisabeth
passe de O mon Dieu Trinité à O mes Trois, après
avoir contemplé le Christ, l'Esprit, le Père en leur demandant chaque
fois de réaliser en elle leur mission propre.
Tout simplement sa Prière nous ouvre à la vie de Dieu, à
la vie en Dieu.
En ce début de XXème siècle la lyre-Elisabeth vibre sous
le souffle de L'Esprit qui la conduit de la Trinité à la Trinité et lui
fait exprimer le silence de la louange.
Rayonnement
De manière mystérieuse elle préfigure tout un renouveau
de la pensée sur Dieu où l'homme cherche moins un savoir qu'une vie en
Dieu.
Et là réside peut-être le secret de sa célébrité. 28
traductions sont présentes sur ce site, d'autres existent encore. Cette
diversité est le signe de la propagation d'un murmure qui parle au cœur
(aux cœurs...) et qui mystérieusement transforme le monde.
Car profondément
Élisabeth croit à la fécondité de l'amour ainsi échangé.
N'écrit-elle pas à un prêtre ami : C'est ainsi que je comprends
l'apostolat pour la Carmélite comme pour le prêtre ; l'un et l'autre
peuvent rayonner Dieu, le donner aux âmes, s'ils se tiennent sans cesse
à ces sources divines. Et encore :
"
N'est-ce pas aussi notre mission de préparer les voies du Seigneur
par notre union à Celui que l'Apôtre appelle un feu consumant ? A son
contact, notre âme deviendra comme une flamme d'amour se répandant dans
tous les membres du corps du Christ, qui est l'église; alors nous
consolerons le cœur de notre Maître, et Il pourra dire en nous montrant
au Père: Déjà je suis glorifié en
eux. »
"
A l'issue d'une rencontre autour d'Elisabeth de la Trinité, un petit
garçon de 8 ans demandait à la sœur qui rencontrait son groupe : comment
vous aidez Jésus ?
La Prière d'Élisabeth est toute sa réponse : en l'aimant. Alors que le
diocèse de Dijon se débat au cœur des troubles évoqués plus haut, voici
ce qu'elle écrit à l'abbé Chevignard au début de cette même année 1904,
à l'occasion des vœux :
Mon âme aime s'unir à la vôtre dans une même prière pour l'église, pour
le diocèse. Puisque Notre Seigneur demeure en nos âmes, sa prière est à
nous et je voudrais y communier sans cesse, me tenant comme un petit
vase à la Source, à la Fontaine de vie, afin de pouvoir ensuite la
communiquer aux âmes, en laissant déborder ses flots de charité infinie.
« Je me sanctifie pour eux, afin qu'eux aussi soient sanctifiés dans la
vérité ». Cette parole de notre Maître adoré, faisons-la toute nôtre,
oui sanctifions-nous pour les âmes, et puisque nous sommes tous les
membres d'un seul corps, dans la mesure où nous aurons abondamment la
vie divine nous pourrons la communiquer dans le grand corps de l'église.
Il y a deux mots qui pour moi résument toute sainteté, tout apostolat: «
Union, Amour ». Demandez que j'en vive pleinement et pour cela
que je demeure tout ensevelie en la Sainte Trinité ; vous ne pouviez
me faire un plus beau souhait. |