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Elle est venue l'adorer…

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A travers le thème retenu pour la journée mondiale de la jeunesse 2005, tout un chemin spirituel se dessine. Les catéchèses préparatoires montrent comment il structure la foi chrétienne, comment il se laisse repérer dans l'expérience de tout croyant.

Apprendre des autres comment ils ont été et se sont laissé toucher par Dieu, c'est déjà être en chemin, en chemin d'Eglise, pour L'adorer. Car ils laissent ainsi se répandre la lumière qui les fait vivre et contribuent à faire grandir et s'étendre le peuple que Dieu s'est choisi.

Cela est vrai tout particulièrement de la Sagesse recueillie à travers l'expérience des Saints. Un évêque qui l'est devenu – Saint François de Sales – disait qu' " il n'y a pas plus de différence entre l'Evangile écrit et la vie des saints qu'entre une musique notée et une musique chantée ". Leur vie fait entendre dans l'aujourd'hui de chaque culture la Bonne Nouvelle qui vient rejoindre tous les hommes à travers ceux qui ont voulu être – à leur manière - pour le Christ " une humanité de surcroît ".

 

Ainsi Elisabeth de la Trinité, 100 ans avant nous, s'est mise en chemin. Non parce qu'elle a beaucoup voyagé – sans jamais, cependant, être allée à Cologne… - mais parce qu'elle a suivi cet itinéraire intérieur qui l'a conduite à sortir d'elle-même pour entrer dans la profondeur de Dieu, L'adorant là où il demeure : en elle, en chacun de nous.

Son témoignage peut s'entendre à partir du texte de Saint Matthieu qui est au cœur de la méditation de cette XXème JMJ.

Le récit de Matthieu commence en un lieu et précise le temps : il nous montre les mages arrivant à Jérusalem, peu après la naissance de Jésus. Ils ont suivi l'astre dont ils ont vu le lever et ils veulent adorer Celui dont il annonce la présence.

Nous rejoignons aussi Elisabeth en un lieu : sa cellule d'infirmerie au Carmel de Dijon. Le 12 juin 1906 elle écrit à sa mère : " Oh, vois-tu, il y a un mot de saint Paul qui est comme un résumé de ma vie, et que l'on pourrait écrire sur chacun de ses instants : « Propter nimiam charitatem ». Oui, tous ces flots de grâces, c'est « parce qu'Il m'a trop aimée »."

Utilisant les mots de Saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens, Elisabeth montre l'astre qui l'a mise en marche : le trop grand amour de Dieu pour elle - pour nous, dit Saint Paul - et qui lui donne le salut, la vie avec le Christ.

Cette prise de conscience de l'amour de Dieu a bouleversé la vie d'Elisabeth en éveillant son désir de rendre amour pour amour à Jésus, le Crucifié par amour. Elle s'est alors laissée conduire par l'Esprit délaissant son Orient, c'est-à-dire toutes les représentations qu'elle pouvait avoir de sa manière à elle de lui rendre son amour pour entrer dans son désir à Lui et l'adorer ainsi en vérité.

 

Appuyée sur cet amour, elle a cheminé, non au pas des chameaux, mais prenant le temps de son humanité. Car si à la fin du XIXème siècle, le chemin de fer commence à rendre proche les lieux les plus lointains dans un laps de temps incroyablement bref (Phileas Fogg ne fait-il pas le tour du monde en 80 jours seulement ?...). Le temps du désir continue à demander du temps, à prendre son temps. Elle a donc traversé les obscurités et les lumières de toute vie humaine, à partir de la domination de son tempérament violent, de la souffrance engendrée par le refus de sa mère pendant de longues années de la voir entrer au Carmel et aussi de son immense talent de pianiste et de son don pour l'amitié. Et puis, transformée par l'amour de Dieu auquel elle s'est livrée, Elisabeth a découvert sa vocation personnelle : être louange de gloire de la Trinité.

Un tel appel ne lui est pas réservé : il est adressé à tous les baptisés. Elle le rappelle à sa sœur Guite dans le petit traité spirituel qu'elle écrit à son intention en août 1906, quelques mois avant de mourir : « « Nous avons été prédestinés par un décret de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons la louange de sa gloire. » C'est saint Paul qui parle ainsi, saint Paul instruit par Dieu Lui-même. ». Alors elle s’interroge : « Comment réaliser ce grand rêve du Coeur de notre Dieu, ce vouloir immuable sur nos âmes ? Comment, en un mot, répondre à notre vocation et devenir parfaites Louanges de gloire de la Très Sainte Trinité ?  ». Pour le découvrir Elisabeth regarde ceux qui sont parvenus au terme de la route. car « " Au Ciel " chaque âme est une louange de gloire au Père, au Verbe, à l'Esprit Saint, parce que chaque âme est fixée dans le pur amour et " ne vit plus de sa vie propre, mais de la vie de Dieu ". ».

Dans sa Dernière retraite la méditation de l’Apocalypse ( Ap 4, 8.10-11) lui permet de dévoiler son expérience. « « Ils se prosternent, ils adorent, ils jettent leurs couronnes »... (Ap 4, 10). Se prosterner pour adorer. Plus qu’une attitude physique, ce prosternement est une manière d’être spirituelle pour Elisabeth : « d'abord l'âme doit se « prosterner », se plonger dans l'abîme de son néant, s'y enfoncer tellement que selon la ravissante expression d'un mystique elle trouve « la paix véritable, immuable et parfaite que rien ne trouble, car elle s'est précipitée si bas que personne n'ira la chercher là  ». être réellement en présence de Dieu ne peut que conduire à vivre dans l’humilité, dans la vérité d’une relation entre le Créateur et la créature, entre le Vivant et Celui de qui nous tenons la vie. Elisabeth poursuit : «  Alors elle pourra « adorer ». L'adoration, ah ! c'est un mot du Ciel ! Il me semble que l'on peut la définir : l'extase de l'amour. C'est l'amour écrasé par la beauté, la force, la grandeur immense de l'Objet aimé  ». Comme les bienheureux de l’Apocalypse, comme les mages, Elisabeth s’incline devant « Le Tout-Puissant [qui] a besoin de descendre / Pour épancher les flots de son amour. » et elle entre alors « dans un silence plein, profond, ce silence [qui] est la plus belle louange, puisque c'est celle qui se chante éternellement au sein de la tranquille Trinité, et c'est aussi le « dernier effort de l'âme qui surabonde et ne peut plus dire... ».

 

J'ai vu briller l'étoile lumineuse

Qui m'indiquait le berceau de mon Roi,

Et dans la nuit calme et mystérieuse

Elle semblait s'orienter vers moi.

Puis j'entendis, pleine de charmer

La voix de l'Ange qui me dit

«Recueille-toi, c'est en ton âme

Que le mystère est accompli.

Jésus, Splendeur du Père,

En toi s'est incarné.

Avec la Vierge Mère

Etreins ton Bien-Aimé,

Il est à toi.»

 

Cette adoration de Jésus, présent à la crèche, présent en elle, fait entrer Elisabeth au cœur de la Trinité. Elle écrit dans une de ses poésies à Noël 1904 : « Maître adoré… vous voulez en votre charité / Perpétuer à jamais votre vie, / Vous incarnant parmi l'humanité, / Car vous rêvez que monte vers le Père / Le sacrifice et l'adoration. » Car Jésus est le grand adorant, la parfaite louange de la gloire du Père. En Le laissant renouveler en elle tout son mystère, Elisabeth devient une même louange en Lui et par Lui.

En écoutant résonner cette expérience d’Elisabeth on retiendra que l’adoration s’adresse et ne peut être tournée que vers le Dieu vivant. Car seul son Amour rayonne une beauté qui peut la susciter. Un amour qui est allé jusqu’à livrer sa vie pour nous, Jésus étant ainsi chemin qui nous ramène au Père.

Une telle adoration est existentielle. Elle ne se limite pas à une attitude physique de soumission, mais elle rend témoignage à la grandeur de Dieu en laissant son amour envahir tout l’être dans un silence qui aplanit tout obstacle, tout ce qui s'oppose à cet amour.

De cette adoration Marie est le plus pur exemple : « Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle! Car à travers tout la Vierge restait l'adorante du don de Dieu ! Cela ne l'empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu'il s'agissait d'exercer la charité ; l'Evangile nous dit que Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Élisabeth. Jamais la vision ineffable qu'elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure. »

A son tour Elisabeth demande au Seigneur dans une Prière qui continue à faire le tour du monde : « Pacifiez mon âme faites en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos ; que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice. »

Elle va alors par cet « autre chemin », à la Lumière, à l’Amour, à la Vie.

Le périple de l'Astre
 

Pour l'Avent 

Soyons vrais...

 

Autour de la Prière

Du Silence au Silence

Ouverture

Dans le souffle

Immobile mobilité

L'excès du Mystère

Adresse transformante

Le Mystère du Crucifié

épouse de l'Amour

Bienheureuse impuissance

Dans la Lumière de l'Amour

 

Autour de quelques mots

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Elle est venue l'adorer