Homélie du Pape Jean-Paul II
lors de la béatification d'Élisabeth de la
Trinité à St Pierre de Rome, le 25 novembre 1984

Élisabeth de la Trinité
Presque contemporaine de Thérèse de l'Enfant-Jésus, Élisabeth de la Trinité fait une expérience profonde de la présence de Dieu, qu'elle mûrit de manière impressionnante en quelques années de vie au Carmel.
accomplie, appréciée de ses amis, délicate dans l'affection des siens. Voici qu'elle s'épanouit dans le silence de la contemplation, rayonne du bonheur d'un total oubli de soi ; sans réserve, elle accueille le don de Dieu, la grâce du baptême et de la réconciliation; elle reçoit admirablement la présence eucharistique du Christ. A un degré exceptionnel, elle prend conscience de la communion offerte à toute créature par le Seigneur.
Nous osons aujourd'hui présenter au monde cette religieuse cloîtrée qui mena une « vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3, 3) car elle est un témoin éclatant de la joie d'être enraciné et fondé dans l'amour (cf. ép. 3, 17). Elle célèbre la splendeur de
Dieu, parce qu'elle se sait habitée au plus intime d'elle-même par la présence du Père, du Fils et de l'Esprit en qui elle reconnaît la réalité de l'amour infiniment vivant.
Élisabeth a connu elle aussi la souffrance physique et morale. Unie au Christ crucifié, elle s'est totalement offerte, achevant dans sa chair la passion du Seigneur (cf. Col 1, 24), toujours assurée d'être aimée et de pouvoir aimer. Elle fait dans la paix le don de sa vie blessée.
A notre humanité désorientée qui ne sait plus trouver Dieu ou qui le défigure, qui cherche sur quelle parole fonder son espérance,
Élisabeth donne le témoignage d'une ouverture parfaite à la Parole de Dieu qu'elle a assimilée au point d'en nourrir véritablement sa réflexion et sa prière, au point d'y trouver toutes ses raisons de vivre et de se consacrer à
la louange de sa gloire.
Et cette contemplative, loin de s'isoler, a su communiquer à ses sœurs et à ses proches la richesse de son expérience mystique. Son message se répand aujourd'hui avec une force prophétique. Nous l'invoquons : disciple de Thérèse de Jésus et de Jean de la Croix, qu'elle inspire et soutienne toute la famille du Carmel ; qu'elle aide beaucoup d'hommes et de femmes, dans la vie laïque ou la vie consacrée, à recevoir et partager les « flots de charité infinie » qu'elle recueillait « à la fontaine de vie ».
Alors qu'elle porte son regard sur ces trois hautes figures, l'église désire aujourd'hui professer la foi apostolique au règne du Christ, affirmer qu'elle croit que vraiment il règne.
Car le Christ « est ressuscité d'entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15, 20).
Dans l'histoire des hommes vaincus par la mort, il a, le premier, remporté la victoire sur la mort.
C'est une victoire pour lui - et en même temps c'est une victoire pour nous.
« C'est en Adam que meurent tous les hommes ; c'est dans le Christ que tous revivront. » (1 Co 15, 22.)
Tous ceux qui lui appartiennent par la grâce et l'amour ont en eux la vie nouvelle : la vie du royaume que le Père a préparé « depuis la création du monde ».
Dans cette vie nouvelle s'épanouira la victoire du Christ sur tout ce qui est contraire au règne de Dieu dans la création visible et invisible. « C'est lui, en effet, qui doit régner jusqu'au jour où « il aura mis
sous ses pieds tous ses ennemis ». Et le dernier ennemi qu'il détruira, c'est la mort. » (1 Co 15, 25-26.)
En espagnol.
Le Père éternel non seulement a préparé depuis la création du monde le règne de grâce et d'amour, le règne de vie nouvelle et de vie éternelle.
Le Père céleste a aussi « confié comme tâche » ce règne à son Fils éternel, quand il se fit homme.
Tous ceux qui, de toute nation, génération, race, siècle et église sur la terre ont accepté de participer à cette tâche salvifique et rédemptrice, appartiennent au Christ.
Ils attendent de même le témoignage définitif, quand le Christ, par sa venue à la fin du monde, « remettra la royauté à Dieu le Père » (1 Co 15, 24).
Le règne de Dieu trouvera sa~ perfection quand l'histoire humaine aura pris fin. Il se réalisera là où il a pris son commencement : dans l'amour du Père communiqué jusqu'à la fin par l'amour du Fils.
Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous. » (1 Co 15, 28.)
Voilà le sens définitif du règne de Dieu : Dieu qui est tout en tous.
Bienheureux sont ceux qui ont accepté ce sens, lui ouvrant leurs cœurs, lui consacrant leurs oeuvres.
« Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume. »