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En ce matin du 21 janvier, la famille d'Élisabeth est là
: sa Mère, madame Catez et sa sœur Guite, accompagnée de son mari,
Georges Chevignard. Leurs nombreux amis sont également présents et puis
une nombreuse assistance, le "tout Dijon" catholique qui
continue à garder le souvenir des concerts de piano où brillait la
"petite Catez"... Tous sont rassemblés dans la nef de la
Chapelle des carmélites. Celle-ci est magnifiquement fleurie. C'est un
jour de fête. Sur l'autel, du côté du lieu où se fait la lecture, un
voile noir est déposé. Sur la crédence sont prévus bénitier et
aspersoir
Le chœur des moniales, non visible par le public est lui aussi bien
fleuri. Au milieu est étendu un tapis de grosse serge, entouré de fleurs et
de verdure. Près de la grille sont disposé deux chandeliers.
La
Messe va bientôt commencer. Les sœurs, revêtues de leurs manteaux blancs et
tenant en main des cierges allumés quittent l'avant chœur et entrent en
procession à la Chapelle, en chantant le Veni creator
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Veni,
Creator Spiritus,
Mentes
tuorum visita,
Imple supérna gratia ,
Quae
tu creasti péctora.
Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei ,
Fons vivus , ignis,
caritas,
Et spiritalis
unctio.
Tu septiformis munere,
Digitus patérnae déxterae ,
Tu rite promissum Patris ,
Sermone ditans güttura.
Accénde lumen sénsibus,
Infunde amorem côrdibus ,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans pérpeti.
Hostem repéllas longius,
Pacémqùe dones protinus
Ductore sic
te proevio
Vitémus
omne noxium.
Deo Patri sit gloria ,
Et
Filio, qui a rnortuis
Surréxit , ac Paraclito,
In saeculorum saecula.
Amen |
Les sœurs sont
maintenant arrivées à leurs places.
Après
le dialogue d'usage à la fin de l'hymne entre le prêtre et l'assemblée,
la Messe - chantée - se poursuit normalement.
Élisabeth,
comme le veut le cérémonial la suit à genoux, près de la grille du Chœur
grande ouverte, un cierge à la main.
Georges
Chevignard, le beau-frère d'Elisabeth, excellent musicien, accompagne sur
son violoncelle les moments de méditation.
A
l'issue de l'Eucharistie, le prêtre monte en chaire. C'est le moment du
sermon, où il s'attache à exposer le sens de l'évènement qui va se
dérouler. Lorsqu'il a terminé de parler, Mère Germaine tire le rideau
de la grille qui cachait jusque là les moniales.. celles-ci sont debout
et tiennent leurs cierges. C'est le moment de la bénédiction du voile.
Revêtu
de la chape, le chanoine Boullemet procède alors à la bénédiction du
voile. Après avoir prononcé les oraisons, il s'approche de la grille. Il
commence alors l'antienne

-
Veni , Sponsa Christi :
et
les chantres poursuivent :
-
Accipe coronam ; quam tibi Dominus
praeparavit in aeternum
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Etre
épouse du Christ!
Ce
n'est pas seulement l'expression du plus doux des rêves c'est une
divine réalité; l'expression de tout un mystère de similitude
et d'union; c'est le nom qu'au matin de notre consécration l'église
prononce sur nous: Veni sponsa Christi
NI 13 |
Alors
les sœurs entonnent le Psaume 19
Que
l'éternel t'exauce au jour de la détresse,
Que
le nom du Dieu de Jacob te protège!
Que du sanctuaire il t'envoie du secours,
Que
de Sion il te soutienne!
Qu'il se souvienne de toutes tes offrandes,
Et
qu'il agrée tes holocaustes! -Pause.
Qu'il te donne ce que ton coeur désire,
Et
qu'il accomplisse tous tes desseins!
Nous nous réjouirons de ton salut,
Nous
lèverons l'étendard au nom de notre Dieu;
L'éternel
exaucera tous tes voeux.
Je sais déjà que l'éternel sauve son oint;
Il
l'exaucera des cieux, de sa sainte demeure,
Par
le secours puissant de sa droite.
Ceux-ci s'appuient sur leurs chars,
ceux-là
sur leurs chevaux;
Nous,
nous invoquons le nom de l'éternel, notre Dieu.
Eux, ils plient, et ils tombent;
Nous,
nous tenons ferme, et restons debout.
éternel, sauve le roi!
Qu'il
nous exauce, quand nous l'invoquons!
Gloire
au Père et au Fils et au Saint Esprit
Pour
les siècles des siècles. Amen.
Après cela, Mère
Germaine conduit Élisabeth au milieu du chœur. Celle-ci chante alors
l'antienne :
Suscipe
me, Domine, secundum eloquium tuum, et vivam : et non confundas me ab
expectatione mea
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"Il m'a aimé, il
s'est livré pour moi, il me semble que toute la doctrine de
l'amour, celui qui est vrai et fort, est renfermée en ces
quelques mots"
L 252 à Germaine de Gemeaux |

Après ce chant,
Mère Germaine la conduit à la petite grille du chœur et le chanoine
Boullemet lui impose le voile noir..
Reconduite près
de la grande grille, Élisabeth s'agenouille et le prêtre prononce la
prière de bénédiction, puis il la bénit. Alors, il entonne le Te
Deum.

Pendant que l'hymne est repris par les moniales et l'assemblée, Mère Germaine
conduit Élisabeth au milieu du chœur et Élisabeth se prosterne sur le
tapis, les bras en croix.
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Te
Deum laudamus :
te
Dominum confitémur.
Te aetérnum Patrem omnis terra veneratur.
Tibi omnes Angeli : * tibi coeli et univérsae potestates.
Tibi Cliérubim et Séraphim : * incessabili voce proclamant.
Sanctus, Sanctus, Sanctus * Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt coeli et terra * majestatis gloriae tuae.
Te gloriosus * Apostolorum chorus.
Te Prophetarum * laudabilis numerus.
Te Martyrum candidatus * laudat exércitus.
Te per orbem terrarum,* sancta confitétur Ecclésia.
Patrem * imménsae majestatis.
Venerandum tuum verum * et unnicum Filium.
Sanctum quoque * Paraclitum Spiritum.
Tu Rex gloriae * Christe.
Tu Patris * sempitérnus es Filius.
Tu ad liberandum suscepturus hominem * non horruisti Virginis uterum.
Tu devicto mortis aculeo: * aperuisti
credéntibus regna coelorurn.
Tu ad déxteram Dei sedes : * in gloria Patris.
Judex créderis * esse venturus.
Te ergo quaesumus tuis famulis subverii : * quos pretioso sanguine
redemisti.
Ætérna fac cum sanctis tuis : * in gloria numerari.
Salvum fac populum tuum Dômine : * et bénedic hæreditati tuæ.
Et rege eos : * et extolle illos usque
in aetérnum.
Per singulos dies : * benedicimus te.
Et laudamus nomentuum in saeculum : * et in sæculum saeculi.
Dignare, Domine, die isto : * sine peccato nos custodire.
Miserere nostri, Domine : * miserére nostri.
Fiat misericordia tua , Domine, super nos : * quemadmodum speravimus
in te.
In te Domine speravi, non confundar in ætérnum. |
A
toi, Dieu, notre louange !
nous
t'acclamons : tu es Seigneur !
à
toi, Père éternel,
l'hymne
de l'univers.
Devant toi se prosternent les archanges,
les
anges et les esprits des cieux ;
ils
te rendent grâce ;
ils
adorent et ils chantent
Saint, Saint, Saint, le Seigneur,
Dieu
de l'univers ;
le
ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
C'est toi que les Apôtres glorifient,
toi que proclament les prophètes,
toi dont témoignent les martyrs ;
c'est toi que par le monde entier
l'église annonce et reconnaît.
Dieu, nous t'adorons
Père infiniment saint,
Fils éternel et bien-aimé,
Esprit de puissance et de paix.
Christ, le Fils du Dieu vivant,
le Seigneur de la gloire,
tu n'as pas craint de prendre chair
dans le corps d'une vierge
pour libérer l'humanité captive.
Par ta victoire sur la mort,
tu as ouvert à tout croyant
les portes du Royaume ;
tu règnes à la droite du Père ;
tu viendras pour le jugement.
Montre-toi le défenseur et l'ami
des hommes sauvés par ton sang
prends-les avec tous les saints
dans ta joie et dans ta lumière. |
A
la fin de l'hymne, Mère Germaine jette de l'eau bénite sur Élisabeth
et, l'ayant fait lever, elle la mène à l'autel.
Élisabeth
le baise par trois fois, puis baise la main de sa Prieure.
La
cérémonie est alors achevée. Les sœurs quittent donc le chœur en
chantant le psaume 66 :
Que
Dieu ait pitié de nous et qu'il nous bénisse,
Qu'il
fasse luire sur nous sa face, -Pause.
Afin que l'on connaisse sur la terre ta voie,
Et
parmi toutes les nations ton salut!
Les peuples te louent, ô Dieu!
Tous
les peuples te louent.
Les nations se réjouissent et sont dans l'allégresse;
Car
tu juges les peuples avec droiture,
Et
tu conduis les nations sur la terre. -Pause.
Les peuples te louent, ô Dieu!
Tous
les peuples te louent.
La terre donne ses produits;
Dieu,
notre Dieu, nous bénit.
Dieu, nous bénit,
Et
toutes les extrémités de la terre le craignent.
Pendant ce temps
Mère Germaine emmène Élisabeth près de la grille du Chœur pour
recevoir la bénédiction de sa Mère. Madame Catez a bien du mal à
contenir son émotion. Mais la force de sa fille l'aide à se dominer.

Tout
au long de sa vie Élisabeth actualisera sa consécration. Comme l'écrit
Mère Germaine :
Nous retrouvons sans cesse, sous la plume de Soeur Elisabeth de la
Trinité, le même désir, diversement exprimé, d'être unie au
sacrifice de l'Agneau divin qui a séduit son âme virginale. Elle a
soif de communier à son infinie pureté, d'en être revêtue ; soif
aussi, et avec quelle ardeur, d'être identifiée à son état d'hostie,
surtout depuis sa consécration religieuse, accomplie dans cet esprit
d'immolation. Contempler pour reproduire : cette tradition de son
Ordre sera toujours le besoin de son âme établie dans la vérité.
Marie de la Trinité - sous-prieure -
laisse entendre le sentiment qui habitait Élisabeth au soir de cette
consécration :
Le soir de sa prise de voile entrant dans sa cellule et voyant le
Sacré Coeur parmi les lys plein de lumière elle fut recueille, saisie,
comme au jour de sa prise d'habit et nous dûmes nous retirer la
laissant perdue dans un recueillement profond dont on ne put l'arracher
et qui nous saisit.
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